La science au service des parents – Margot Sunderland

La science au service des parents: voilà un ouvrage qui n’était pas, à l’origine, dans ma liste des livres à vous présenter dans le cadre de mon défi 2017. Je l’ai découvert à l’occasion d’un séminaire sur la psychologie énergétique, en mars 2017, au cours duquel il a été chaleureusement recommandé à tous les coachs et thérapeutes en relation avec les enfants ou les parents.

Intriguée, je l’ai donc acheté et dévoré.

Je vous en conseille grandement sa lecture, car il est absolument éclairant sur le fonctionnement de l’enfant, et sur l’impact des relations parentales sur le développement de son cerveau.

 

 

Je vous en propose ici un résumé:

Le cerveau de l’enfant

Il est couramment admis que l’enfant (comme l’adulte) possède 3 cerveaux imbriqués les uns dans les autres, fruit de notre évolution:

  • le cerveau reptilien, le plus proche de la moelle épinière, qui est également le plus ancien dans l’évolution (300 millions d’années); nous le partageons avec les lézards, les oiseaux, les poissons, et bien sûr tous les autres mammifères. Il nous sert à gérer tous les comportements instinctifs liés à la survie et contrôle les fonctions organiques essentielles:
    • la faim
    • la digestion et l’élimination
    • la respiration
    • la circulation
    • la température
    • le mouvement, la position et l’équilibre
    • l’instinct de territoire
    • les réflexes d’attaque ou de fuite
  • le cerveau mammalien, également appelé cerveau émotionnel ou limbique, qui s’est développé il y a 200 millions d’années environ; nous le partageons avec l’ensemble des mammifères. C’est dans cette partie-là de notre cerveau que naissent:
    • la colère
    • la peur
    • l’angoisse de séparation
    • l’instinct maternel
    • la sociabilité
    • l’enjouement
    • la curiosité
    • le désir sexuel chez les adultes
  • le cerveau cognitif, connu aussi sous le nom de cerveau supérieur, de néocortex ou de lobes frontaux, qui n’est apparu qu’il y a 200 000 ans, en même temps que les humains. Représentant 85% du volume total du cerveau, il enveloppe les 2 autres parties plus anciennes et permet à l’homme:
    • d’être créatif et imaginatif
    • de résoudre des problèmes
    • de raisonner et réfléchir
    • d’avoir conscience de soi
    • de développer la gentillesse, l’empathie et la sollicitude
    • de gérer les émotions du cerveau mammalien

anatomie cerveau

illustration OpenClipart-Vectors/Pixabay

Le développement du cerveau cognitif est corrélé avec le redressement d’Homo Erectus, qui a pu se servir de ses mains. Cela a entraîné d’une part un prodigieux développement de son intelligence, et donc de la taille de son cerveau, tandis que le fait de se tenir debout rétrécissait le bassin et les voies d’accouchement de la femme.

La nature n’a donc eu d’autre choix que de faire naître les enfants encore très immatures: incapables de se déplacer, de manger de la nourriture solide, de parler. En particulier, leur cerveau comporte 200 millions de neurones, mais un nombre très limité de connexions neuronales.

Ainsi, 90% du cerveau d’un enfant se forme au cours de ses 5 premières années, occasionnant des millions de connexions et déconnexions au fil de ses expériences, et ce n’est que vers 7 ans environ que l’intense activité de densification du réseau neuronal ralentit.

 

Dès sa naissance, un bébé peut ressentir la colère, la peur et l’angoisse de séparation. C’est une question de survie. Ces émotions négatives génèrent de fortes doses d’hormones du stress dans son cerveau, qui doivent être contrebalancées par des hormones du bien-être (ocytocine, opioïdes) pour pouvoir ramener le calme.

Or ce que la science nous apprend, c’est que les connexions entre le cerveau émotionnel et le cerveau cognitif sont quasi-inexistantes chez le bébé, et qu’il ne possède donc aucun moyen de se calmer seul. Il est donc vital que le parent intervienne, grâce à son propre système de régulation des émotions, pour aider l’enfant à se calmer et à créer des connexions indispensables à son bon fonctionnement émotionnel ultérieur.

Sinon, le cerveau du bébé se retrouve inondé d’hormones du stress (cortisol, adrénaline), et on sait que cela détruit des neurones essentiels pour son bon équilibre psycho-affectif ultérieur.

Laisser pleurer un bébé, c’est donc comme laisser un bébé dans une pièce pleine de vapeurs chimiques: cela abîme son cerveau.

Au contraire, calmer bébé, le réconforter, le caresser, l’aide à créer des connexions neuronales qui feront de lui un être aimant, joyeux, communicatif et confiant en lui et dans la vie.

Et comme ces systèmes se mettent en place jusque vers 7 ans environ, jusqu’à cet âge il faut absolument prendre les réactions des enfants très au sérieux, accueillir et nommer les émotions qui les traversent, rester calme, poser des limites claires et surtout… faire des câlins!

Car faire des câlins libère de l’ocytocine, une des hormones anti-stress les plus efficaces pour ramener le calme dans le cerveau de son enfant, et l’aider à reconnecter son cerveau cognitif avec son cerveau émotionnel.

 

Pleurs et séparations

A la lumière du fonctionnement du cerveau de l’enfant, il est donc absolument nécessaire de ne pas laisser un enfant pleurer, notamment au niveau du coucher qui active l’angoisse de séparation.

bébé pleure

photo Ben_Kerckx/Pixabay

Bien sûr, pendant des années on a conseillé de laisser les enfants pleurer, pour qu’ils “fassent leurs poumons”, ou pour qu’ils “apprennent à s’endormir seuls”.

La méthode “5-10-15”, qui consiste à laisser pleurer l’enfant 5 minutes, puis à venir le voir pour le réconforter, puis à le laisser 10 minutes, revenir, puis le laisser 15 minutes, est encore malheureusement souvent conseillée aux jeunes parents qui aspirent à retrouver au plus vite après la naissance un rythme de sommeil “normal”.

Le souci, c’est qu’un enfant qui n’est pas réconforté finira tôt ou tard par cesser de pleurer. Pour les partisans de ces méthodes, c’est une victoire! L’enfant a “compris”.

En réalité, l’enfant a perdu espoir qu’on vienne l’aider. Et dans son cerveau, les systèmes encore inachevés gérant la production d’opioïdes, de noradrénaline, de dopamine et de sérotonine (les hormones du bien-être) risquent d’être endommagés, entraînant de graves déséquilibres chimiques pour le restant de sa vie.

Quand les taux de dopamine et noradrénaline sont faibles, un enfant peut avoir du mal à se concentrer et présenter des troubles de l’apprentissage; un faible taux de sérotonine est quant à lui observé dans de nombreuses formes de dépression et certains comportements violents. Enfin, les opioïdes permettant d’atténuer les sensations de peur et de stress, leur absence peut se traduire par une augmentation des émotions négatives et du stress chronique.

Certaines études font même un lien entre un stress précoce non apaisé et le syndrome du côlon irritable!

Le fait de consoler un enfant qui hurle permet en effet d’activer son nerf vague, situé dans le tronc cérébral: il rééquilibre le système digestif, le rythme cardiaque, la respiration et le système immunitaire.

La recherche a montré qu’une bonne tonicité du nerf vague se traduit par un meilleur équilibre émotionnel, une réflexion plus claire, un pouvoir de concentration accru et un système immunitaire plus efficace.

 

Maintenant que l’importance de calmer bébé est démontrée, encore faut-il savoir comment!

Tout d’abord, il faut se relaxer. Pour cela, des techniques de respiration profonde sont très utiles. Ensuite, il faut accorder 100% de son attention à son enfant. Enfin, 4 sources d’apaisement peuvent être utilisées, successivement ou simultanément:

  • le toucher et le massage, qui libèrent de l’ocytocine au haut pouvoir calmant
  • la succion, en aidant bébé à trouver son poing ou son pouce (éviter la tétine qui risque d’entraver, plus tard, d’autres apprentissages et dont l’abandon peut devenir problématique)
  • la chaleur, par exemple en tenant bébé contre soi, ou en l’emmitouflant dans une couverture légère
  • les mouvements (lents) et bercements, qui rappellent le ventre maternel

 

Il arrive toutefois que l’on soit face à un bébé inconsolable. Au-delà de causes purement physiques (nerf coincé lors de l’accouchement par exemple, source terrible de douleur et qui peut être remis en place par une séance d’ostéopathie, reflux gastro-oesophagien, coliques…), près d’un nouveau-né sur cinq est hypersensible durant les premières semaines. Cela peut être dû à de multiples facteurs, mais des études ont montré que si une femme est régulièrement stressée lors des 3 derniers mois de sa grossesse, des taux élevés d’hormones du stress (cortisol en tête) peuvent atteindre le cerveau du foetus, augmentant ainsi sa sensibilité au stress après sa naissance. De même, un bébé peut pleurer parce qu’il ressent le stress de ses parents.

Un bébé inconsolable a besoin d’énormément de réconfort pour aller mieux, et ses parents ont eux aussi besoin d’énormément de réconfort, car leurs efforts pour calmer leur bébé sont véritablement épuisants nerveusement et psychiquement, mais aussi tout simplement chimiquement! En effet, pour calmer leur bébé ils sont obligés de puiser dans leurs réserves d’opioïdes… qui parfois s’amenuisent dangereusement. C’est dans ces moments-là qu’on se sent totalement désemparé, démoralisé, incompétent, et qu’on a envie de lui hurler: “mais tu va te taire, à la fin?!”

maman burn out

photo rebbeccadevitt0/Pixabay

Pour éviter ça, il faut absolument sortir de l’isolement. Mettre bébé en écharpe ou dans une poussette et sortir dans un parc, dans un café, retrouver d’autres parents et écouter leurs paroles réconfortantes: “ça ne dure pas” (c’est vrai, même si ça semble une éternité quand on est en plein dedans), “tu fais au mieux”, “tu gères”, “comme ton petit est mignon”…

Les émotions des bébés sont si brutes qu’elles peuvent déclencher nos propres systèmes d’alarme dans notre cerveau inférieur, spécialement lorsque nous sommes épuisés par le manque de sommeil. Mais si notre système réactif au stress est activé, alors par réaction celui de notre bébé s’active!

Il est donc indispensable de parler de ses angoisses, de pleurer dans les bras d’un proche, voire de se faire aider par un thérapeute.

 

Entre 6 et 8 mois, un bébé commence à ressentir l’angoisse de séparation, qui se manifestera jusqu’à l’âge de 5 ans environ.

Il faut prendre ses réactions très au sérieux car sa famille représente tout son univers et garantit sa sécurité.

Chez les animaux, les bébés séparés de leur mère peuvent se laisser mourir malgré la présence de soins et de nourriture. Il ne faut donc pas sous-estimer la force des émotions primitives générées dans le cerveau mammalien de l’enfant, lorsqu’il vit une angoisse de séparation.

Non, il ne fait pas un « caprice », il n’est pas « collant », il ne fait pas « le bébé » ou « l’idiot », il est véritablement en panique parce que la personne qui représente sa sécurité s’absente et qu’il n’a pas encore totalement acquis la certitude qu’elle reviendra. De plus, la séparation fait presque aussi mal aux tout-petits que la douleur physique!

Si vous devez vous absenter, assurez-vous de confier vos enfants à quelqu’un que l’enfant connaît, et qui saura lui apporter un soutien émotionnel. Quelqu’un qui saura lui manifester de l’attention, pas seulement quand il en a ouvertement besoin: un enfant a besoin de se réfugier dans des bras familiers quand ses parents ne sont pas là; il faut donc choisir, pour le faire garder, une nounou qui aime le contact ou une crèche avec un personnel très impliqué dans le bien-être émotionnel des petits.

L’impact est énorme car il pourrait y avoir un lien entre séparations précoces et dépression; c’est du moins ce que l’on a observé chez des bébés singes séparés de leurs parents.

 

Quand ils vivent une angoisse de séparation, les enfants ont tendance à s’accrocher à un adulte sécurisant. Combien de mamans et de papas connaissent ce moment, le matin, où leur petit s’accroche à eux au moment de la dépose à la crèche ou à l’école, comme si leur vie en dépendait! Et qui souffrent ou s’agacent, chaque matin, de devoir les décrocher dans des hurlements qui leur semblent disproportionnés (le soir, le personnel de crèche ou la maîtresse annonce toujours que “tout s’est bien passé”).

Une des solutions pour diminuer les symptômes est de donner à l’enfant du temps de qualité dans ces moments de séparation, pour qu’il puisse se le remémorer au cours de sa journée. Cela lui permet également de réduire fortement ses taux d’hormones du stress tout en le remplissant d’opioïdes, le mettant dans les meilleures conditions possibles pour passer une bonne journée. Il suffit pour cela de décaler la routine du matin d’un quart d’heure. Un simple quart d’heure, que vous pourrez passer avec votre enfant, au calme, à lui donner ce qu’il faut pour bien construire son cerveau, sans vous mettre en retard sur votre propre journée.

Les études montrent que les petits de certains mammifères, s’ils reçoivent des soins affectueux, gèrent mieux le stress, sont moins peureux, psychologiquement plus forts, et vivent même plus longtemps: ça vaut bien un câlin sécurisant avant de se séparer le matin, non?

 

Sommeil et coucher

Doit-on lui apprendre à s’endormir seul ou dormir avec lui? Le débat fait rage depuis des décennies, mais qu’en dit la science?

Tout d’abord, il faut savoir que les bébés ont des cycles de sommeil plus courts que ceux de leurs parents: 50 minutes pour eux contre 90 minutes pour nous en moyenne. Ils ont donc tendance à se réveiller plus souvent. Pour qu’ils puissent s’endormir et se rendormir entre chaque cycle, ils doivent être baignés d’ocytocine, aux vertus apaisantes, et de mélatonine, l’hormone du sommeil.

bébé dort

photo Caroline/MoiParentBienveillant

Pour cela, pas de mystère, il faut éliminer toutes les sources de stress possible pour le bébé:

  • rester calme soi-même, débrancher de son propre stress; si l’on est en colère, le bébé se sentira beaucoup trop en danger pour pouvoir s’endormir!
  • s’assurer qu’il passe suffisamment de temps à la lumière du jour, car c’est elle qui donne le signal, le soir, à la sécrétion de mélatonine
  • surveiller ce qu’il mange avant le coucher: les protéines, moins de 2 heures avant le coucher, libèrent de la dopamine, une hormone qui va plutôt avoir tendance à stimuler plutôt qu’à calmer votre enfant. Préférer plutôt des féculents, ou de la banane, qui favorisent la sécrétion de sérotonine.
  • éliminer les écrans, dont la lumière empêche la sécrétion de mélatonine, 2 heures avant le coucher
  • instaurer un rituel, avec des gestes calmants et répétés: lumière tamisée, gestes doux, tendres et enveloppants, massages, voix douce qui raconte une histoire, chanson… à vous de choisir ce qui vous convient et qui calme le mieux votre enfant
  • calmer le système de son cerveau responsable de la peur, notamment la peur du noir, par exemple en proposant une veilleuse
  • rester près de lui, une main apaisante sur son ventre ou en le tenant contre soi, sans parler, en faisant semblant de dormir, jusqu’à ce qu’il s’endorme

Si l’enfant se relève plusieurs fois le soir, c’est probablement que l’un de ses systèmes responsables de la peur ou de l’angoisse de séparation sont activés, ou alors tout simplement qu’il n’a pas sommeil. Jusque vers 3 ans, certains enfants n’ont pas sommeil avant 21h30 ou 22h; il est donc inutile de chercher à les coucher vers 19h30 ou 20h. Si c’est la peur ou l’angoisse de séparation, il faut le recoucher avec douceur, lui redire qu’on l’aime, qu’il est en sécurité et lui faire un câlin. Le tout avec calme, la voix posée et rassurante. Il faut surtout éviter le marchandage de la porte ouverte, qui consiste à menacer de fermer la porte de sa chambre s’il ne reste pas sagement dans son lit. Car cela active son système responsable de la peur, inondant son cerveau de cortisol dangereux pour ses neurones. L’idée de la porte fermée peut être si effrayante pour l’enfant qu’il va rester dans son lit, mais à long terme cela peut provoquer des troubles de l’anxiété.

 

Certains parents font le choix de renouer avec des pratiques ancestrales et de dormir avec leur bébé: pendant près de 2 millions d’années, les hommes ont dormi avec leurs bébés, et de nos jours, c’est encore une pratique répandue dans de très nombreux pays. La science a prouvé qu’un contact peau à peau pendant la nuit régule les systèmes cérébral et corporel immatures d’un bébé et peut jouer un rôle fondamental pour son bien-être mental et physique à long terme.

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illustration La_Petite_Femme/Pixabay

On a d’ailleurs constaté que lorsqu’on pose un nouveau-né sur le corps de sa mère, si le corps du bébé est trop froid, celui de sa mère augmente sa température de 2°C pour le réchauffer; et si le corps du bébé est trop chaud, celui de sa mère baisse d’1°C pour le rafraîchir.

Les bienfaits de dormir avec son bébé sont nombreux, car ils l’aident à réguler son cycle d’éveil, sa température corporelle, son taux métabolique, ses taux d’hormones, sa production d’enzymes, son rythme cardiaque, sa respiration, et son système immunitaire. Mais surtout, dormir avec son bébé permet d’augmenter les échanges affectifs entre le parent et l’enfant, surtout à l’heure où les parents passent de plus en plus de temps au travail ou dans les transports, loin de leurs enfants. Or, il est scientifiquement prouvé que plus un enfant est cajolé pendant son enfance, plus il a de chances d’êtres calme et assuré une fois adulte.

Par ailleurs, outre un allaitement facilité par le fait que le bébé se trouve juste à côté de sa mère, on peut noter que dans les pays où il est courant de dormir avec ses enfants, la mort subite du nourrisson est moins fréquente: en Chine, où on considère que dormir avec son bébé va de soi, la mort subite du nourrisson est si rare qu’il n’y a pas de mot pour la nommer!

Cela dit, dormir avec son bébé peut entraîner des difficultés de sommeil pour le parent (lit pas suffisamment grand pour accueillir 2 adultes et un bébé, bébé qui gigote énormément ou qui fait beaucoup de bruit en dormant…). Or le sommeil est vital si on veut être une source de régulation émotionnelle efficace pour son enfant dans la journée. Peut-être vaut-il mieux alors l’endormir dans son lit, là où le parent pourra être calme, plutôt que le garder avec soi en étant fatigué et énervé, car alors l’enfant, ressentant ce stress, aura beaucoup de mal à bien dormir.

 

Les secrets d’une vie épanouie

En tant que parents, nous portons une lourde responsabilité: celle de permettre à nos enfants de s’épanouir, ou, au contraire, de les rendre sujets à la colère, à l’angoisse et à la dépression.

En effet, lorsque les opioïdes et l’ocytocine prédominent dans le cerveau, le monde qui nous entoure paraît amical et accueillant; en revanche, lorsque notre cerveau est assailli de cortisol, le monde qui nous entoure nous paraît hostile et agressif.

Or, lorsqu’il est soumis à un stress, et que son cerveau est inondé de cortisol, un enfant n’a pas encore la capacité de se calmer seul, c’est-à-dire de sécréter des opioïdes et de l’ocytocine. C’est grâce à des contacts physiques tendres que le petit peut se sentir en sécurité et apaisé, et donc remplacer le cortisol par les opioïdes.

Quand un petit vient tout à coup passer quelques minutes sur les genoux de ses parents, c’est tout simplement qu’il vient se “recharger” en opioïdes, pour rétablir un équilibre chimique dans son cerveau. Si un tout-petit agit ainsi avec vous, prenez-le comme un compliment!

Il ne faut pas oublier de cajoler les plus grands, aussi longtemps qu’ils l’acceptent, car cela permet de prolonger le lien affectif parental, qui pourra se révéler bien utile à l’adolescence, pour limiter la difficulté des relations avec son enfant à cet âge-là.

 

La joie est un état particulier, où le cerveau est parcouru à la fois par des opioïdes (plutôt apaisants et relaxants) et de l’adrénaline et de la dopamine (plutôt excitantes). Dans ces conditions, on se sent intensément vivant, avec de l’énergie à revendre. Pour que ces conditions soient réunies, il est nécessaire d’être en relation avec autrui.

enfant joie

photo Pezibear/Pixabay

Lorsqu’une personne a ressenti de la joie régulièrement dans son enfance, elle pourra acquérir de nombreuses autres qualités humaines, comme la spontanéité, l’envie et l’espoir de poursuivre un rêve, la capacité de s’émerveiller et d’apprécier la beauté et les cadeaux de la vie, tout en renforçant en elle sa résistance au stress.

Pour activer les systèmes responsables de la joie chez l’enfant, il ne faut pas hésiter à parler avec son bébé, et notamment dans les 6 premiers mois de sa vie, où il est extrêmement sociable. Pour cela, il faut choisir un moment où il n’a ni sommeil ni faim; se mettre à une courte distance de lui; lui parler, et lui laisser le temps de nous “répondre” ou de faire des pauses, sans chercher à le ramener vers nous trop vite, car c’est un exercice extrêmement stimulant pour l’enfant.

Un enfant joyeux peut également vite basculer dans l’excitation et la nervosité, car la joie active les substances réactives au stress. Lorsqu’un enfant bondit vers nous joyeusement pour nous montrer quelque chose, il faut se mettre “au diapason” et lui montrer, par nos mimiques ou notre ton, que cela déclenche également de la joie en nous. Cela lui permettra de se sentir en sécurité (ce que je ressens est “normal” puisque mon parent le ressent aussi) et d’équilibrer opioïdes et substances réactives au stress.

 

Parmi les systèmes émotionnels génétiquement imprimés dans le cerveau inférieur, se trouve celui de la curiosité. Chez l’homme, l’activation de ce système, qui sécrète de la dopamine, lui donne le goût de la vie, la soif de nouveauté et de découverte. C’est indispensable pour s’épanouir. Or plus on utilise le système de la curiosité, plus il est efficace, et plus on est curieux, créatif et motivé. A l’inverse, si on reste de longues heures devant la télé, on sous-exploite ce système. Cela donne des adultes qui fonctionnent en pilote automatique et qui passent à côté de leur vie.

Pour activer ce système de la créativité, le jeu est fondamental. Lors d’une expérience, on a placé des rats dans un espace propice aux interactions, équipé de galeries et des roues, avec à disposition des aliments nouveaux. Deux mois plus tard, ces rats avaient 50 000 cellules cérébrales de plus de chaque côté de l’hippocampe (un centre primordial pour la mémorisation et l’apprentissage).

Le jeu idéal pour l’enfant est celui qui va stimuler son imaginaire. Rien de tel que de partir à l’aventure sur un balai, ou de jouer dehors avec de l’eau, du sable et un seau!

Bien sûr, il est plus “confortable” de laisser l’enfant devant la télé; mais pendant ce temps, tout un pan de son cerveau reste inutilisé. Mieux vaut investir un peu de son temps, et lui donner des idées d’activités (fabriquer une cabane, jouer dehors avec les feuilles, le sable, l’eau, la neige…, construire un pays imaginaire, dessiner, peindre, faire de la pâte à modeler…), sans trop le diriger. Lorsque son système de la curiosité est éveillé, les parents s’émerveillent de l’imagination dont fait preuve l’enfant.

Pour être certain de favoriser la curiosité, il faut d’abord éviter l’isolement, l’insécurité, la peur, la colère et l’angoisse de séparation, qui sont évidemment des états émotionnels dans lesquels la curiosité ne peut s’épanouir. Mais il faut également:

  • accepter qu’il fasse du bruit, du désordre ou qu’il coure dans tous les sens,
  • passer du temps en tête à tête avec lui,
  • limiter drastiquement la télé, surtout si on n’a que peu de temps à lui accorder (voir mon article ici sur les méfaits de la télé sur les enfants),
  • alléger son emploi du temps,
  • bannir toute moquerie et l’encourager dans ses efforts et élans d’imagination,
  • l’inciter à faire seul, à émettre des hypothèses.

 

Parmi les différentes sortes de jeux, il y en a un qui est fondamental pour le développement de l’intelligence sociale et émotionnelle, ainsi que pour l’équilibre psychologique en général: c’est quand l’enfant chahute et joue à la bagarre avec quelqu’un.

maman bébé jeu

photo neildodhia/Pixabay

En faisant des jeux physiques avec son enfant, comme lui faire des papouilles sur le ventre, le lancer en l’air, le faire tournoyer ou le chatouiller, se rouler sur le lit avec lui, faire mine de le dévorer tout cru en mordillant ses pieds, nous développons son cerveau supérieur. Les enfants qui manquent de ces jeux physiques avec leurs parents vont chercher à provoquer ces moments en jouant à la bagarre avec des copains de classe, dans des mouvements incontrôlés qui peuvent vite dégénérer.

Attention cependant, si votre enfant est prompt à la bagarre avec ses camarades, frères ou sœurs, et qu’elles dégénèrent en violence, c’est le signe que l’un au moins de ses besoins psychologiques n’est pas satisfait. Il faut donc absolument stopper ces bagarres pour apprendre à l’enfant à utiliser son cerveau supérieur. Pour cela, il faut évidemment éviter d’user de violence, mais au contraire, faire preuve de fermeté avec calme. L’objectif est d’intervenir pour stopper immédiatement la bagarre et mettre les enfants en sécurité, sans chercher à prendre parti. Enfin, il est préférable de porter son attention sur l’agressé plutôt que sur l’agresseur, et d’aider les enfants à résoudre leur différend plutôt que s’imposer en juge. Et si les bagarres s’installent à la maison, on peut instaurer une réunion de famille:

  • après un bref rappel des règles de la maison (pas de coups, pas d’insulte…),
  • on fait circuler un “bâton de parole” (un objet quelconque) qui permet à chacun de prendre la parole tandis que les autres l’écoutent sans l’interrompre, et
  • on réfléchit ensemble à une solution ou à une nouvelle règle

 

Colères et caprices

Quand un enfant devient insupportable, au lieu de le cataloguer “petit monstre”, il est indispensable de vérifier d’où vient le déséquilibre qu’il exprime par un comportement inadapté.

Raison n°1: la fatigue et la faim

Le manque de sommeil provoque un déséquilibre du système neurovégétatif qui contrôle notamment la stabilité de l’humeur (d’où l’importance pour le parent de bien dormir lui aussi!).

Quant à la faim, elle occasionne des ravages dans le cerveau, car la baisse de la glycémie entraîne une réaction hormonale de sécrétion d’hormones réactives au stress: cortisol et adrénaline, dont le but est d’élever le taux de sucre sanguin. Le problème, c’est que le cortisol et l’adrénaline génèrent également anxiété, agitation, agressivité, sentiment de panique et confusion, autant d’émotions fortes susceptibles de transformer nos bambins en gremlins.

La nourriture, quant à elle, peut largement être la cause des troubles observés chez nos enfants; il faut ainsi absolument limiter le sucre (voir mon article ici “Ils mangent trop de sucre”). Mais il faut également éviter les additifs alimentaires suivants:

  • E110 (biscuits): cancérigène pour les animaux
  • E122 (jambons): cancérigène pour les animaux
  • E127 (bonbons): inhibe dopamine et noradrénaline et peut déclencher un comportement typique de TDAH (Trouble Déficitaire de l’Attention avec Hyperactivité)
  • E150 (boissons sucrées et chips)
  • E210-E219 (boissons sucrées, confitures, vinaigrettes): augmente risques d’asthme et d’hyperactivité
  • E220-227 (desserts, biscuits, jus de fruits)
  • E249-252 (viandes salées, fromages): provoque des maux de tête et pourrait augmenter les risques de cancer
  • édulcorants (boissons et aliments sucrés): ils réduisent les taux de tryptophane, nécessaire pour la production de sérotonine (on a constaté un taux faible de tryptophane chez les personnes hyperactives et agressives)

Raison n°2: un cerveau émotionnel immature

Les petits sont incapables d’inhiber leurs réflexes primitifs (courir, sauter, grimper partout, etc…). De plus, ils gèrent encore très mal leurs émotions. Lorsqu’ils se comportent mal, ils n’ont la plupart du temps aucune intention de nuire, ils sont seulement victimes de leur cerveau immature. Lorsqu’on les gronde ou qu’on les tape parce qu’ils font une colère ou refusent de monter dans la poussette, c’est aussi injuste que si on grondait ou on tapait un bébé de 2 mois qui « refuserait » de parler.

De même, les enfants ont du mal à prêter leurs jouets, car cela vient toucher la défense du territoire, qui active l’agressivité comme chez tous les animaux. Leur comportement est instinctif, inutile de les punir. On peut en revanche proposer des tours de rôle, avec une minuterie, où chaque enfant garde le jouet pendant un temps limité. Ou confisquer l’objet le temps qu’ils trouvent un moyen de se le partager.

Enfin, perdre à un jeu peut être une expérience très douloureuse chez un petit qui à du mal à relativiser les choses: sa mémoire est quasi-vide et il n’a pas encore d’expérience pour comprendre que finalement, perdre à un jeu n’est pas si important.

Raison n°3: des besoins psychologiques

3 besoins psychologiques ont été déterminés par le psychanalyste Eric Berne:

  • de stimulation,
  • de reconnaissance,
  • et de structuration.

Un enfant peut ainsi déclencher une bagarre avec son frère ou sa sœur, ou faire un caprice, poussé par l’ennui car son cerveau a besoin de stimulation. Il peut aussi chercher à capter notre attention, même une attention négative, car il a besoin de reconnaissance. Une bonne solution pour éviter cela est de passer du temps avec son enfant, de jouer avec lui. Enfin, un enfant peut vérifier la solidité des règles établies par ses parents, dont il a besoin pour être rassuré, en les testant.

Raison n°4: des émotions fortes

Comme on l’a vu, un enfant peut ressentir une émotion forte sans forcément être capable encore de se calmer seul, encore moins de mettre des mots dessus. Son comportement peut donc être tout simplement un appel à l’aide, pour que son parent puisse l’aider à dépasser cette émotion, à la nommer, et qu’il apprenne ainsi à la gérer seul une prochaine fois.

En particulier, la frustration et la déception sont des émotions qui déclenchent la colère: tous les petits mammifères, y compris les êtres humains, sont génétiquement programmés pour réagir avec colère quand ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent, et ils n’ont pas les lobes frontaux suffisamment développés pour surmonter cette émotion.

Raison n°5: le stress des parents

Trop souvent, le comportement de nos enfants n’est que le reflet de notre propre état émotionnel intérieur. Tels des éponges, ils captent notre stress et l’évacuent sous forme de cris et de colère. Un parent calme est le meilleur antidote dans cette situation!

Raison n°6: les parents stimulent les mauvaises parties de son cerveau

Parfois, c’est notre attitude qui déclenche les systèmes réactifs au stress. En étant trop autoritaire, ou pas assez attentif, on peut déclencher une crise chez notre enfant. Au contraire, le jeu, les rires et les câlins activent les systèmes du jeu et de l’affection, qui déclenchent la sécrétion d’opioïdes… et l’enfant est calme et heureux. Le repas, en particulier, peut rapidement devenir compliqué si le parent est stressé par ce que mange l’enfant, ou comment il mange. En effet, le stress se transmet du parent à l’enfant, et l’un des effets du stress est de couper l’appétit! Si le repas est synonyme de difficultés, la première chose à faire pour le parent est de commencer à se détendre.

 

Face à une crise de colère, qui est une violente tempête émotionnelle, l’adulte doit faire son possible pour rester calme (même si c’est difficile).

Cela lui permet en effet d’analyser s’il s’agit d’une colère de détresse ou d’une colère du petit Néron:

  • dans le cas d’une colère de détresse, l’un des 3 systèmes d’alarme du cerveau inférieur de l’enfant est fortement activé: colère, peur ou angoisse de séparation. L’enfant ne peut plus parler ou écouter correctement, son visage exprime une grande souffrance. Tenter de le raisonner est inutile, et le laisser seul dans cet état est dangereux pour son développement cérébral. Au contraire, il faut se comporter calmement, lui proposer des choix, détourner son attention, le prendre tendrement dans les bras, s’asseoir calmement à côté de lui, et se souvenir que sa détresse est réelle: le mettre au coin ou le laisser seul dans sa chambre sont des réponses cruelles à ce qui est en réalité un appel à l’aide.
  • dans le cas d’une colère du petit Néron, en revanche, l’enfant ne ressent pas d’angoisse. Il est capable de parler, d’argumenter, et son visage exprime la rage et non la souffrance ou la détresse. Face à ce type de colère, le mieux est de n’accorder aucune attention à l’enfant, de ne pas chercher à négocier et de maintenir, calmement mais fermement, le refus qui est en général à l’origine de la colère. On peut aussi lui rappeler les règles de politesse, utiliser l’humour quand la situation le permet, et rester attentif car une colère du petit Néron peut entraîner une colère de détresse, qu’il faut bien sûr accueillir avec bienveillance.

 

Questions de discipline

Notre manière d’éduquer nos enfants rejaillit sur toute la société. En effet, un enfant soumis à une discipline trop sévère pourra devenir plus tard un responsable d’entreprise qui rabaisse les autres, qui leur donne des ordres, qui les humilie ou qui les blesse verbalement. Tout simplement parce qu’une discipline trop stricte active le système responsable de la peur chez l’enfant, ce qui peut générer chez lui des troubles de l’anxiété, et aussi parce qu’en obligeant son enfant à obéir, on lui enseigne ce que sont les rapports de soumission et de domination, qui activent son système de la colère.

Lors d’une étude, des chercheurs ont retrouvé des Allemands qui avaient risqué leur vie pour sauver des Juifs pendant la seconde guerre mondiale. Ils se sont aperçus que toutes ces personnes charitables avaient pour point commun d’avoir été élevées dans le respect de leur propre dignité.

D’autre part, il est prouvé que les enfants qui sont tapés à la maison commencent, dès 4 ans, à endosser le rôle de victime ou de persécuteur dans leurs jeux. Au contraire, ceux qui bénéficient d’une éducation bienveillante ont plutôt tendance à jouer gentiment avec les autres.

Toute la difficulté consiste à fixer les “bonnes” limites. Parce qu’un enfant a besoin de ce cadre sécurisant! Il doit donc savoir que ses parents sont garants des règles, et que s’il les transgresse, il y aura réparation.

Ces règles peuvent d’ailleurs être établies avec les enfants, à l’occasion d’une réunion de famille par exemple, puis affichées avec des pictogrammes pour les aider à s’en souvenir.

Il est important de se souvenir aussi que plus on accorde d’attention à un enfant quand il se conduit bien, plus il se conduira bien. On a souvent tendance à faire l’inverse pourtant, à ne rien dire ou à ne pas réagir quand il agit conformément à nos désirs, et à entrer en interaction avec notre enfant quand il se comporte mal. Mais souligner les bons comportements, les valoriser, encourager l’enfant, sont les meilleurs moyens de le guider vers ce qu’on attend de lui.

De même, il est beaucoup plus efficace d’utiliser des promesses plutôt que des menaces: “dès que tu auras fini tes devoirs tu pourras venir jouer avec moi” est en effet beaucoup plus motivant que “si tu ne fais pas tes devoirs tu seras puni”…

Lorsque l’enfant s’est mal comporté de manière délibérée, l’auteur propose l’isolement, en prenant toutefois beaucoup de précautions pour rappeler que c’est une mesure douloureuse pour l’enfant, et qu’il ne faut l’utiliser qu’avec parcimonie, lorsqu’on est sûr que l’enfant n’est pas sous le coup d’une émotion. Elle insiste sur le fait qu’il est préférable de parler à l’enfant, et que si vraiment on doit l’isoler, ce doit être pour un temps limité (pas plus d’une minute par année d’âge), et en restant la main sur la porte de l’endroit où on l’a isolé, pour qu’il sache qu’il n’est pas seul.

Pour les enfants qui sont submergés par une fureur incontrôlable, il peut être bon, si on est capable de rester calme et de maintenir son enfant sans que personne ne se blesse, d’appliquer la méthode de la “couverture”. Assis par terre, le parent se cale contre un mur ou contre un meuble, et il prend son enfant en furie contre lui, en repliant ses bras contre lui et en posant les siens par-dessus pour les maintenir. Il plie ses jambes pour coincer celles de l’enfant, de façon qu’il ne puisse donner des coups de pied. Dans cette position, le parent se visualise comme une couverture chaude et apaisante, et dit à son enfant “je te tiendrai comme cela jusqu’à ce que tu sois calme”, avant de lui laisser le temps de se calmer.

 

La chimie de l’amour

C’est dès le plus jeune âge que l’on apprend à construire des relations amoureuses, grâce au modèle parental: à l’âge adulte, on aime comme on a été aimé par ses parents dans son enfance.

Or un amour peut être serein ou tourmenté. S’il est serein, il est associé à un profond bien-être. L’être aimé nous sécurise, donne du sens à notre vie, et notre relation est basée sur la confiance. A l’inverse, une histoire d’amour tourmentée peut être gâchée par la jalousie, la peur de la dépendance ou de l’abandon, des accès de rage. On fait alors difficilement confiance à l’être aimé!

L’amour que l’enfant reçoit de ses parents est donc déterminant pour sa vie amoureuse future, et pour ses relations en général. Car le besoin d’être en relation est inscrit dans l’être humain; nous cherchons toute notre vie à créer des liens affectifs, à commencer par notre famille proche.

Lorsqu’un bébé provoque en nous un sourire, il prend conscience qu’il est charmant et digne d’être aimé. Lorsqu’on lui fait régulièrement des câlins, sa relation avec son corps est bonne. Un enfant privé de câlins, de réconfort physique ou verbal peut souffrir à l’âge adulte d’auto-mutilation, de tabagisme, de troubles de l’alimentation, d’abus d’alcool de drogues ou de négligence physique. Les câlins doivent donc être réguliers, et se poursuivre aussi longtemps que l’enfant les accepte.

Les moments privilégiés sont également essentiels pour qu’il se sente aimé; pour cela, partager des activités ensemble est un bon moyen: faire un château de sable, confectionner un gâteau, jouer à cache-cache, faire des jeux de contact… C’est encore mieux si on peut laisser l’enfant mener le jeu, décider des règles, et les suivre, pour changer.

Les moments de séparation et de retrouvailles sont aussi de bonnes occasions de montrer son amour à son enfant.

Mais parfois, notre amour pour lui est mis à l’épreuve, quand il semble nous provoquer (ce n’est généralement qu’une manifestation de mal-être, comme on l’a vu précédemment), ou quand on est face à une peine trop grande, car alors il s’agit de trouver les mots justes, ni trop, ni trop peu. Un enfant qui n’est pas soutenu quand il est angoissé peut en conclure qu’on ne reçoit jamais d’aide quand on souffre, ce qui n’est pas le meilleur gage de bonheur dans ses relations futures.

Aucun parent n’étant parfait, il nous arrive cependant à tous de “craquer” et de crier après son enfant. Lorsque cela reste occasionnel, il y a peu de risques que cela entraîne des dommages durables dans le cerveau de l’enfant. Mais il faut prendre grand soin de la relation parent-enfant car elle peut s’étioler si l’on n’y prend pas garde. Pour cela, savoir présenter des excuses, chercher à réparer les dégâts, restaurer le dialogue, sont de la responsabilité du parent, qui par là-même, montre par l’exemple à son enfant comment se comporter dans une relation après une dispute. De même, il arrive que le parent éprouve moins d’amour pour l’un de ses enfants. Quand c’est le cas, il faut absolument chercher à renouer le lien avec cet enfant, en passant du temps en tête-à-tête avec lui. Et si la difficulté persiste, il ne faut pas hésiter à aller consulter un thérapeute: il en va de l’équilibre émotionnel futur de l’enfant.

Le parent doit également prêter une grande attention aux marques d’amour de son enfant. C’est un véritable cadeau qu’il faut traiter comme tel, sinon l’enfant peut en conclure qu’il ne vaut rien puisque son parent ne réagit pas à une marque d’amour de sa part.

Parfois, le parent doit aider son enfant à gérer de grandes souffrances: deuil, divorce, longue maladie de l’un des parents, arrivée d’un bébé… Le système responsable de l’angoisse de séparation est fortement activé, générant des sentiments de peine, d’abattement, de solitude et souvent de panique, ce qui peut activer les centres cérébraux de la douleur.

Des enfants en souffrance peuvent devenir colériques ou agressifs à cause du dérèglement chimique cérébral. Une présence attentive, bienveillante, qui peut être celle d’un proche, voire d’un professeur attentionné, peut véritablement faire une différence en rétablissant la chimie du cerveau grâce à la diffusion d’opioïdes, et éviter ainsi que l’enfant ne bascule dans la violence.

Dans le cas d’une souffrance occasionnée par la naissance d’un petit frère ou d’une petite sœur, il va falloir apaiser la rivalité en rassurant l’enfant sur le fait qu’il a toujours sa place dans le cœur de ses parents, ou en proposant à l’enfant un signal qu’il peut utiliser pour indiquer qu’il a besoin d’attention. La rivalité persiste en général lorsque les enfants grandissent, mais on peut l’amenuiser en choisissant des jeux qui favorisent la coopération plutôt que la compétition, en ne comparant jamais les enfants, et en valorisant leurs différences qui les rendent uniques.

 

La sociabilité de l’enfant

Pour bien s’entendre avec les autres, il faut développer son intelligence sociale, qui consiste à savoir interpréter les signaux affectifs des autres et à réagir en conséquence.

Cette intelligence repose sur 3 qualités fondamentales:

  • un bon sens relationnel => pour cela, il faut être capable de déchiffrer le langage corporel et les codes sociaux pour apprécier son état d’esprit, évaluer l’impact qu’on a sur lui, faire attention à ses réactions, trouver un équilibre dans la conversation, user d’un langage corporel adapté et s’adapter au rythme du dialogue;
  • la capacité à négocier, à résoudre les problèmes et à s’intégrer dans un groupe => cela signifie que l’on sait:
    • être exécutant ou meneur,
    • écouter les idées des autres tout en sachant exprimer les nôtres,
    • gérer ses émotions et dire clairement, sans agressivité, ce que l’on veut et ce que l’on ne veut pas,
    • discuter et proposer des solutions en cas de conflit ou de désaccord
  • l’art de compatir et de s’intéresser aux autres => c’est le courage d’affronter notre souffrance et celle des autres, et la capacité d’apaiser et de réconforter

Les relations sociales sont gérées par l’aire orbitofrontale du cerveau cognitif, qui se développe grâce aux interactions avec les parents dans les premières années de la vie. Mais de bonnes connexions entre les lobes frontaux et le cervelet sont également importantes (les études menées sur les enfants autistes mettent presque toutes en évidence des malformations du cervelet), ainsi qu’avec les lobes pariétaux. Ces derniers sont responsables de la sensation de mouvement et d’orientation dans l’espace, et les connexions entre lobes pariétaux et lobes frontaux se développent plus facilement chez un enfant qui reçoit suffisamment d’affection.

Enfin, un niveau optimal de sérotonine est nécessaire pour que l’intelligence sociale se développe bien. Or le stress précoce peut gravement endommager le système générateur de sérotonine, qui en produira moins. Et chez les humains ainsi que chez les primates, de faibles niveaux de sérotonine sont synonymes de comportement impulsif et agressif (la sérotonine est un stabilisateur de l’humeur).

Pour former le cerveau social de son bébé, il n’y a pas mieux que de passer des moments privilégiés avec son enfant (on éteint la télé et on joue avec lui!). Si ses parents ne sont pas suffisamment attentionnés, un enfant risque d’avoir du mal à se faire des amis.

Un autre élément du cerveau est indispensable pour l’intelligence sociale, c’est le lien entre le cerveau droit, non verbal, qui ressent bien les émotions et qui permet d’avoir rapidement une vue d’ensemble, et le cerveau gauche, qui permet de mettre des mots sur nos émotions et d’analyser les choses dans le détail. Le lien entre ces deux cerveaux est assuré par une bande de tissu nerveux appelée corps calleux.

cerveau droit gauche

illustration ElisaRiva/Pixabay

Chez les enfants, ce corps calleux est encore en plein développement: leurs deux hémisphères communiquent encore mal, ce qui explique leurs brusques changements d’humeur. En grandissant, avec l’aide de parents attentionnés, l’enfant trouvera plus facilement les mots (cerveau gauche) pour exprimer ses émotions fortes (cerveau droit), ce qui a pour effet immédiat de les réduire, au lieu de se laisser emporter par elles.

A noter que la pratique du piano, qui fait appel aux deux côtés du cerveau en même temps, a d’excellents effets sur le renforcement des connexions du corps calleux.

 

Du temps pour soi

Il n’y a sans doute rien de plus stressant que d’élever un enfant. Pour être calme, aimant et compréhensif, il faut aussi savoir prendre soin de soi, admettre quand on n’a pas le moral, chercher du soutien et prendre son temps pour retrouver un bon équilibre physique et mental.

A commencer par la grossesse! Le stress de la mère pendant le dernier trimestre de grossesse passe dans le système cérébral du fœtus et peut déjà y faire des dégâts. Les femmes enceintes doivent donc absolument se reposer, et ne pas hésiter à se faire masser car cela les inonde d’opioïdes qui eux aussi, sont directement transmis au fœtus.

Après la naissance, les jeunes parents découvrent qu’avoir un bébé, c’est formidable, mais c’est aussi énormément de travail. Entre les soins au bébé, l’attention qui lui est portée, l’accueil de ses émotions et frustrations, sans oublier le manque de sommeil lié aux nuits courtes et hachées, il est normal d’aspirer à un peu de paix et de repos. Il faut donc profiter de chaque moments de libre pour s’accorder un petit plaisir.

Cette attention constante puise beaucoup dans nos ressources chimiques et il est indispensable de se “recharger” avant d’être “sur les nerfs”, prêts à craquer à la moindre bêtise de notre enfant.

Pour donner à notre corps toutes les chances de rester équilibré chimiquement, l’alimentation est une alliée précieuse:

  • prendre des repas réguliers en évitant les aliments et boissons sucrées qui occasionnent des variations d’humeur
  • faire le plein de vitamines avec des fruits et légumes frais

fruits

photo Couleur/pixabay

  • au déjeuner, privilégier les aliments riches en protéines (poisson, viande, fruits secs, fromage), car ils contiennent de la tyrosine, qui permet de maintenir la dopamine, l’hormone de la motivation, à son optimum
  • au dîner, privilégier les aliments comportant du tryptophane, composant de la sérotonine qui contribue à améliorer l’humeur, l’équilibre émotionnel et la qualité du sommeil (bananes, pain, pâtes et l’huile de poisson), ainsi que les aliments riches en vitamines B6 et B12 ainsi qu’en acide folique, qui optimisent la production de sérotonine (bananes, avocats, poisson, légumes, pommes de terre, poulet et bœuf)
  • choisir également des aliments riches en oméga-3 qui aide à surmonter le stress
  • boire beaucoup d’eau

Il faut également savoir se ressourcer, c’est-à-dire passer du temps sans ses enfants, à se relaxer ou à faire quelque chose d’agréable pour soi. Et ne pas hésiter à passer du temps avec des amis, chaque fois que l’on se sent au bout du rouleau: quelle que soit la joie que nous procurent nos enfants, seuls des adultes doués de sensibilité peuvent rétablir notre équilibre émotionnel. Il faut donc s’entourer de personnes-ressources, aimantes, apaisantes, et ne pas hésiter à faire appel à un professionnel de l’accompagnement lorsque le fait de devenir parent fait resurgir un passé douloureux.

On a besoin de soutien quand on passe le plus clair de son temps seul-e avec un ou des enfant(s), comme c’est souvent le cas lors du congé maternité ou quand on est enseignant. L’isolement serait plus dangereux pour la santé que le tabac! Il faut donc absolument rechercher la compagnie d’autres adultes, se faire masser (le meilleur moyen de déclencher la sécrétion d’opioïdes), voire se faire aider par un thérapeute, surtout en cas de dépression post-partum. Les enfants peuvent souffrir d’anxiété à cause du bagage affectif de leurs parents; mais grâce à l’extraordinaire plasticité du cerveau, et à l’aide d’une thérapie adaptée, on peut restaurer des connexions cérébrales défaillantes et grandement améliorer son bien-être, ainsi, par ricochet, que celui de ses enfants.

 

J’espère que ce (très) long article vous aura plu. De mon côté j’ai eu un plaisir infini à le rédiger!

J’adore lire vos commentaires, alors n’hésitez pas!

Et si vous pensez que cet article pourra servir à quelqu’un que vous connaissez, partagez-le!

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8 commentaires sur “La science au service des parents – Margot Sunderland

  1. Super article, très complet, cela m’a donné envie de lire ce livre ! Maintenant ma question est comment faire comprendre tout cela a mon conjoint…Un exemple tout bète, il ne s’est pratiquement pas occupé de notre fille durant sa 1ere année (il est resté au grand maximum 1h tout seul avec elle) . Elle a maintenant 2ans passés, elle est très proche de moi, et repousse souvent violemment son papa, surtout quand je suis dans les parages. Ca le rend triste de ne recevoir aucun calin ou bisous de sa part alors qu’elle m’en fait des tonnes au quotidien…J’aimerais arriver à lui faire comprendre sans le blesser ou l’incriminer que nous n’avons pas construit la même relation avec notre fille mais que rien n’est perdu s’il persévère ! Malheureusement quand je tente un dialogue dans cette direction je me confronte souvent à quelqu’un qui me dit « ah c’est sur toi tu es parfaite tu n’as rien a te reprocher, tu fais toujours tout comme il faut » ou encore  » ah ça pour me dire ce que je fais de travers tu es très forte » alors que je m’attache à valoriser ses efforts depuis pas mal de temps maintenant!

    1. Bonjour Vanessa, et merci pour ce message!
      Pas facile quand on n’est pas en phase avec le papa sur l’éducation des enfants… Surtout que rares sont les hommes qui vont spontanément lire des livres sur le sujet. Monsieur trouve que madame est trop « laxiste », ou ne commence à s’intéresser au bébé que quand il commence à marcher et à parler…
      A vrai dire, la société d’aujourd’hui n’aide pas les pères à nouer une belle relation avec leur enfant dès le début.
      Quand ils sont petits, déjà, on n’aime pas trop qu’ils câlinent une poupée ou qu’ils jouent avec une poussette: alors une fois adulte, une part d’eux-même a intégré que « ce n’était pas pour eux ». Ensuite, le congé paternité est ridiculement court pour s’acclimater à cette petite chose qui semble prendre toute la place dans le cœur de SA femme (oui, ils sont jaloux).
      La solution pour en parler sans le braquer? La CNV (communication non violente). Je vous invite à lire pour plus de détail mon article à ce sujet (« les mots sont des fenêtres – ou bien ce sont des murs »), mais l’idée est la suivante:
      1) vous décrivez les faits: « tu me dis que tu aimerais que notre fille te fasse plus de câlins », en faisant attention de ne pas émettre un jugement, et en bannissant les mots « toujours » et « jamais ».
      2) vous essayez de deviner ses sentiments: « cela te frustre? te rend triste? » et vous écoutez bien ses mots, vous le laissez parler
      3) vous cherchez alors le besoin qu’il peut y avoir derrière ce sentiment: « tu as besoin de complicité avec ta fille, de partager des choses avec elle, de lui donner de l’amour? » et là encore, vous le laissez utiliser ses propres mots. L’important est de vraiment chercher à découvrir son besoin profond
      4) enfin, vous lui demandez ce qui, selon lui, pourrait le mieux satisfaire ce besoin, en lui rappelant que l’amour ne s’impose pas, même à un enfant de 2 ans: « apprivoise-moi », dit le renard…
      Si même cette façon de faire le met sur la défensive, je ne peux que vous inciter à lui donner beaucoup d’amour à lui (en respectant son langage de l’amour – j’en parle dans l’un de mes articles sur les 5 langages de l’amour), car il est probablement très malheureux de cette situation.
      Et surtout, gardez à l’esprit qu’il n’est pas resté VOLONTAIREMENT éloigné de sa fille pendant sa première année, il a été probablement éduqué avec l’idée que « les bébés, c’est pour les filles ». Il ne savait donc pas comment faire autrement.
      Maintenant qu’elle a grandi, il voudrait jouer avec elle, et c’est super!
      Créez des occasions de les laisser ensemble tous les deux. Prétextez un RV, profitez-en pour aller au ciné avec des copines… Et surtout, donnez-lui la possibilité de « jouer à la poupée » avec elle: l’habiller (et tant pis si ce jour-là elle est habillée n’importe comment: il faut bien lui laisser un peu de temps pour s’entraîner), lui changer la couche, lui préparer à manger puis la faire manger… Au début ce sera un peu brouillon, vous aurez envie de reprendre la main: il faudra vous retenir. Plus ils passeront du temps ensemble (sans vous), plus votre fille pourra considérer son père comme une figure d’attachement… et l’œdipe aidant, c’est bientôt à lui qu’elle fera tous ses câlins!
      Si vous souhaitez qu’on échange plus longuement, n’hésitez pas à vous inscrire à la mailing list et à m’envoyer un mail.
      Ah, et… laissez mon blog ouvert sur l’ordi juste avant que votre chéri aille zoner sur internet, peut-être qu’il lira quelques articles, on ne sait jamais! 😉

  2. Bonjour,
    Merci pour cet article, qui m’a sans aucun doute donné envie de lire le livre. Il n’est d’ailleurs pas facile à trouver, à 1 prix raisonnable…
    Conseillez vous la 1ère édition ou la nouvelle?
    Merci!

    1. Merci Élodie pour votre commentaire! Moi j’ai acheté la version de 2016, je ne connais pas celle de 2007. J’ai également remarqué à quel point il est vendu cher, en occasion. Je l’avais trouvé neuf, entre 20 et 25€ de mémoire, sur Amazon.
      Bonne lecture!

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