TV Lobotomie-Michel Desmurget

Voici mon résumé – analyse du livre “TV Lobotomie: la vérité scientifique sur les effets de la télévision” de Michel Desmurget.

TV lobotomie

J’ai lu ce livre il y a quelques années, et cela a changé ma vision de la télévision. Je n’étais déjà pas une grande fan de la télé, mais ce livre m’a glacée d’effroi. En effet, les études réalisées sur les effets de la télé, qui pour la plupart éliminent les autres causes possibles en croisant leurs données, sont implacables, comme indiqué en 4ème de couverture:

Sophie, 2 ans, regarde la télé 1 heure par jour. Cela double ses chances de présenter des troubles attentionnels en grandissant.

Lubin, 3 ans, regarde la télé 2 heures par jour. Cela triple ses chances d’être en surpoids.

Kevin, 4 ans, regarde des programmes jeunesse violents comme DragonBallZ. Cela quadruple ses chances de présenter des troubles du comportement quand il sera à l’école primaire.

Silvia, 7 ans, regarde la télé 1 heure par jour. Cela augmente de plus d’un tiers ses chances de devenir une adulte sans diplôme.

Lina, 15 ans, regarde des séries comme Desperate Housewives. Cela triple ses chances de connaître une grossesse précoce non désirée.

Entre 40 et 60 ans, Yves a regardé la télé 1 heure par jour. Cela augmente d’un tiers ses chances de développer la maladie d’Alzheimer.

Henri, 60 ans, regarde la télé 4 heures par jour. René, son jumeau, se contente de la moitié. Henri a 2 fois plus de chances de mourir d’un infarctus que René.

 

Introduction

Après avoir lu ce livre, j’ai réussi à convaincre mon mari de ne plus allumer la télé en présence des enfants, ce qui permettait de limiter leur exposition (et la nôtre!).

Plusieurs fois, j’ai conseillé et même prêté ce livre, mais les parents à qui j’en ai parlé ou qui l’ont lu m’ont dit ensuite que cela ne changerait probablement pas leur rapport avec la télé. D’abord étonnée tant ce livre pointe à quel point la télé est néfaste pour nos enfants, j’ai relu ce livre et après réflexion, je vois 5 raisons à cela:

  • 1) l’auteur ne ménage pas son lecteur:
    • tout d’abord, dans la forme de son texte: le livre n’est pas facile à lire car il utilise abondamment les renvois vers des notes de bas de page pour préciser un point, ainsi que les renvois vers des références (1193 références, soit 67 pages) qui constituent la bibliographie extensive de son livre, véritable condensé de tout ce qui a pu s’écrire à propos de la télé;
    • ensuite, dans le fond: Michel Desmurget nous envoie nos contradictions en pleine figure, en présentant des témoignages de parents qui nous ressemblent un peu trop (on sait que ce n’est pas trop bien mais c’est si pratique, et puis bon, nos enfants ne regardent pas tant que ça… si?);
    • enfin, je pense qu’il a été tellement atterré par la lecture de toutes ces études, que bien qu’il explique qu’il était au départ un téléphage moyen, aussi bien lui que ses enfants, il utilise dans son livre un vocabulaire agressif et condescendant pour décrire le spectateur standard (que nous sommes)
  • 2) comme Michel Desmurget l’indique très bien dans son livre, la télé représente un business très lucratif et nous sommes donc abreuvés, nous parents, de messages contradictoires la concernant:
    • d’un côté les études (TOUTES les études objectives) qui démontrent à quel point la télé est néfaste pour nos enfants et nous-mêmes;
    • de l’autre les émissions, les articles dans nos magazines télé… qui nous expliquent à quel point la télé est utile et instructive!
  • 3) l’auteur le reconnaît, depuis son arrivée dans les foyers, la télé est devenue tellement omniprésente qu’il est difficile aujourd’hui de pouvoir comparer l’usager moyen de la télé avec des personnes qui ne la regarderaient véritablement jamais: les études ne peuvent donc comparer que des durées relatives de visionnage, 1h par jour contre 3h par jour par exemple; un peu comme si on ne pouvait qu’étudier l’effet de la cigarette en analysant les différences entre un fumeur d’un paquet par jour et un fumeur de 3 paquets…
  • 4) allumer la télé permet d’éteindre les enfants: en appuyant sur un bouton, on peut passer “d’une créature énergique, bruyante, importune, avide d’activité et d’expérience et demandant une supervision et une attention constante en une présence docile, silencieuse et peu exigeante” (Marie Winn)
  • 5) nous, parents d’aujourd’hui, avons été élevés avec la télé; une part de nous-même nous incite donc à reproduire notre éducation (si j’ai été si sensible à ce livre, c’est peut-être justement parce que mes parents nous ont très fortement limité la télé quand nous étions petits!), tandis qu’une autre raisonne en mode “moi j’ai regardé la télé, je la regarde toujours, je n’en suis pas mort(e), et je ne suis pas plus bête qu’un(e) autre… ces études ne sont donc peut-être pas fondées…”

Sauf que…

La télé étouffe l’intelligence

L’être humain est câblé pour apprendre. Mais comment apprend-il? En expérimentant, en faisant, en testant, en faisant des erreurs et en réessayant, en interagissant avec ses parents, d’autres enfants. En observant, aussi, en écoutant… pour pouvoir mieux imiter ensuite!

Le dénominateur commun de tout cela, c’est que l’enfant apprend quand il est actif, attentif, engagé émotionnellement et sensoriellement, quand il a un retour immédiat s’il se trompe.

Or que fait la télé? Elle nous rend totalement passif, plus hypnotisé qu’attentif, engagé émotionnellement mais de manière totalement artificielle. Quant à nos sens, seuls 2 sont captés par la télé, et jamais la télé ne nous dira qu’on se trompe puisqu’on ne fait rien!

Nous ne disposons que de 24 heures chaque jour. Comme plusieurs heures sont déjà réquisitionnées pour dormir, il nous reste au mieux environ 16h30 par jour où nous pouvons faire preuve d’attention. Du temps et de l’attention, c’est grâce à cela qu’on câble notre cerveau, qu’on acquiert des compétences, du savoir.

Le spectateur standard passe 3h40 par jour devant la télévision. S’il vit 81 ans, c’est 16 ans de son temps d’attention qu’il aura gaspillé devant la télé. 16 ANS!

On dit souvent qu’on aimerait se lancer dans une activité, ou en reprendre une autre, mais qu’on n’a pas le temps. Imaginons que dès demain (chiche?), vous remplaciez la moitié de votre temps de télévision quotidien par une autre activité (par exemple méditation, pratique d’un sport, apprentissage d’une nouvelle langue ou pratique d’un instrument de musique), combien de temps cela vous dégagerait? 1h par jour? 2h par jour? 10h par semaine? Encore plus? En combien de temps deviendriez-vous un expert de cette activité? Quelques semaines? Quelques mois? Votre cerveau aurait acquis de nouveaux circuits neuronaux et vous seriez plus compétent, plus intelligent.

 

Ce qui semble intuitivement assez logique a pu être mesuré. En 1973, il y avait une ville au Canada qui se trouvait, du fait de sa situation géographique au fond d’une vallée, privée de télé. Un groupe de chercheurs apprit qu’une antenne relais allait être mise en place, permettant de remédier à cela. L’installation étant prévue pour l’année suivante, une large étude a été conduite sur les adultes et les enfants de cette ville, avant la télé (No-Tel avant TV), puis 2 ans après son arrivée (No-Tel après TV), avec des études similaires dans 2 autres villes similaires au niveau sociologique et démographique, pour servir de “témoins”, l’une recevant une seule chaîne de télé (Uni-Tel), l’autre en recevant quatre (Multi-Tel).

Les résultats des tests proposés aux enfants dans le cadre de cette étude sont édifiants:

  • en CE1, les enfants de No-Tel (avant TV) surpassaient largement ceux d’Uni-Tel et de Multi-Tel
  • 2 ans plus tard, les mêmes enfants, désormais en CM1, avaient encore des performances supérieures à celles des enfants de CM1 d’Uni-Tel et de Multi-Tel, lesquels avaient en moyenne des résultats légèrement inférieurs à ceux enregistrés 2 ans auparavant chez les enfants No-Tel de CE1
  • lorsqu’une nouvelle cohorte d’enfants de CE1 fut testée dans la 2ème phase, après TV, les 3 villes montrèrent des résultats parfaitement équivalents…

 

La télé diminue le temps attentionnel que nous pourrions passer à des apprentissages, notamment celui de la lecture pour les enfants, et même du langage pour les très jeunes enfants.

Ainsi, on sait qu’à la naissance, un bébé est capable d’entendre tous les sons. Mais au bout d’un an, son oreille a appris à distinguer les sons de sa langue maternelle et il cesse d’entendre les autres. Des études ont donc été menées pour voir si l’on pouvait éviter cette perte en soumettant des bébés à une autre langue. Une en particulier, a permis de démontrer que des bébés américains de 9 mois, mis en présence d’une personne parlant le mandarin, pendant 12 sessions de 25 minutes réparties sur 4 semaines, avaient conservé à un an la capacité de reconnaître les subtilités du mandarin. Un autre groupe de l’étude s’était vu proposer les mêmes sessions, mais sous format vidéo: à l’issue de l’expérimentation, le mandarin leur était aussi étranger que pour les bébés n’ayant reçu aucune stimulation. Dommage, mais non, les DVD en anglais n’aident pas nos petits à découvrir ou à retenir cette langue!

 

Mais la télé nuit également à la qualité de notre sommeil, indispensable pour bien apprendre. Enfin, elle dégrade notre sens de l’effort, notre imagination, et nous prive souvent de notre sens critique: si ça a été dit à la télé, c’est que c’est vrai, non?

Enfin, la télé (et autres écrans), en captant l’attention parentale, prive l’enfant d’un grand nombre d’interactions avec l’adulte, pourtant indispensables pour ses apprentissages (c’est en général l’adulte qui va servir de retour en cas d’erreur, et aider son petit à réussir).

S’il fallait encore s’en convaincre, l’auteur propose quelques dessins de bonhommes réalisés au cours d’une étude allemande de 2006, par des enfants de 5 – 6 ans, triés selon l’exposition à la télé. Edifiant…

dessins bonhomme

 

Bref, si l’on veut que son enfant développe son plein potentiel, mieux vaut limiter drastiquement son exposition à la télé et aux écrans.

Mais ce n’est malheureusement pas la seule critique que l’on peut émettre à l’égard de la télé:

La télé menace la santé

Les études sont formelles: plus on passe de temps devant la télé, plus les risques de connaître l’obésité, le tabagisme, l’alcoolisme, les troubles du sommeil, les actes suicidaires, les conduites sexuelles à risque et les désordres du comportement alimentaire (anorexie / boulimie) s’élèvent.

La télé, en saturant notre cerveau de stimuli visuels et auditifs, l’empêche de détecter les signaux corporels de satiété, ce qui nous conduit à manger plus, et en moindre qualité car la publicité (pub et placement de produit dans les films et séries) va nous orienter vers des produits gras et sucrés.

Du côté de la cigarette, elle est présente dans de très nombreux films ou séries, y compris pour tout public. C’est généralement un personnage principal qui fume, pour se déstresser, pour marquer son côté “femme fatale”, ou tout simplement parce qu’il est accro (Sigourney Weaver dans Avatar). Comme pour la pub, être soumis à ce genre d’images nous incite à fumer, et conditionne les adolescents à tenter une première cigarette… Et plus on commence tôt, plus on devient accro et plus il est difficile d’arrêter.

Et pas la peine de faire un dessin: ce qui fonctionne pour la cigarette marche tout aussi bien pour l’alcool et le sexe, omniprésents du paysage audiovisuel, y compris dans les programmes “tous publics” que les enfants visionnent en général en famille, très tôt. Les comportements sexuels à risques augmentent, la consommation d’alcool augmente. L’image de soi se dégrade, augmentant la dépression et les actes suicidaires, ainsi que les comportements alimentaires délétères pour atteindre un idéal supposé de beauté.

enfant télé

photo ZimZamZulu/Pixabay

Bref, si l’on veut que son enfant soit en bonne santé et le reste, mieux vaut l’éloigner de la télé.

 

La télé cultive la peur et la violence

C’est le 3ème axe délétère de la télé pour l’auteur. Dans la mesure où l’être humain est programmé pour être plus attentif en cas d’émotion forte, spécialement quand elle est en réponse à un danger, les programmateurs de nos chaînes s’arrangent pour maximiser les contenus violents et qui font peur.

Or les études sur la corrélation entre ce que l’on voit à la télévision et nos comportements démontrent qu’en matière de violence, il n’y a plus de débat:

  • Les recherches conduites durant le 50 dernières années amènent à la conclusion selon laquelle la violence télévisée affecte les attitudes, valeurs et comportements des spectateurs” (John Murray),
  • Le corpus d’évidences accumulées est cohérent et clair – la violence à la télévision provoque une augmentation des comportements agressifs et violents.” (Académie américaine de pédiatrie)
  • sur plus de 3500 travaux de recherche examinant la possible corrélation entre violence médiatique et comportement violent, tous, à l’exception de 8, ont montré une relation positive, soit 99,8% de corroboration

Parmi les exemples cités par l’auteur, un m’a particulièrement frappée: cette étude a démontré que les enfants qui avaient le plus regardé la télévision à 4 ans présentaient, entre 6 et 11 ans, une tendance accrue à brimer et brutaliser leurs camarades de classe, dans des proportions inquiétantes: chaque heure de télévision à la maternelle augmentait de près de 10% la probabilité de voir l’enfant se comporter de manière oppressive avec ses pairs au primaire!

Le problème de la violence à la télé, c’est qu’elle agit à 3 niveaux:

  • elle incite le spectateur à tolérer des niveaux de violence plus élevés
  • elle développe peu à peu dans la croyance que le monde est hostile et dangereux
  • elle génère l’agressivité chez le spectateur, à court et à long terme

Bref, si l’on veut soi-même être un parent bienveillant et assurer à nos enfants les meilleures conditions de devenir eux-mêmes bienveillants… mieux vaut éteindre la télé!

 

En conclusion

Non, la télé n’apporte rien de bon aux enfants, ni aux adultes.

Oui, on peut largement s’en passer, et d’ailleurs, si on le fait:

  • on favorise le développement de l’intelligence de son enfant,
  • on lui donne les meilleures chances d’éviter les conduites à risque de l’adolescence (alcool, tabac, sexe, drogue, dépression…),
  • on l’aide à se construire une image positive de lui-même, du monde dans lequel il vit, tout en favorisant ses comportements naturellement bienveillants et empathiques.

Ah, et si on éteint la télé pour nos enfants, peut-être qu’on peut oublier de la rallumer pour nous:

  • augmentation des interactions avec nos enfants et avec notre conjoint et nos amis => base d’une vie heureuse
  • limitation des risques de consommation d’alcool, de tabac
  • facilitation des comportements bienveillants par réduction de l’exposition à la violence
  • augmentation du temps disponible pour des activités ressourçantes et créatives
  • limitation des risques de surpoids et autres troubles liés à la sédentarité
  • ralentissement du processus de vieillissement du cerveau

 

Au final, ce livre dérange et n’est pas toujours facile à lire, mais son contenu, présenté ici sous forme je l’espère plus digeste, vous incitera peut-être à récupérer une partie de votre temps d’attention (si précieux!) au profit d’activités plus épanouissantes que la télé. Comme le disaient les guignols: “Vous pouvez éteindre la télé et reprendre une activité normale”!

En tous les cas, si cet article vous a plu, merci de le partager et de me le dire en commentaire!

Inscrivez-vous aux "p'tites histoires" et recevez en cadeau le guide "5 outils pour GÉRER et LIMITER les crises avec BIENVEILLANCE"!

Les "p'tites histoires", ce sont des emails quotidiens sur la vraie vie des parents bienveillants mais-z-un-peu-fatigués, avec des conseils pour aller mieux, et des liens vers mes contenus gratuits et payants (no stress, vous pouvez vous désinscrire à tout moment).

Moi aussi je déteste recevoir des spams. Vos données sont en sécurité avec moi. Consulter les mentions légales du site.

1 commentaire sur “TV Lobotomie-Michel Desmurget

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *