Faber et Mazlish – mise en pratique

Cette semaine, j’accompagnais la classe de mon fils aîné à la piscine, comme cela m’arrive de temps en temps. Chaque fois, quelques enfants sont ravis de trouver en moi une interlocutrice et me racontent moult choses passionnantes. Ils adorent également me poser des questions. Je me laisse faire de bonne grâce et leur raconte des petits morceaux de ma vie de maman de 3 garçons. “Ben alors, t’es la seule fille de la famille, tu dois être la princesse, non?” Oui, j’avoue.

Cette fois-ci, après avoir longuement parlé des dates de naissance et des signes astrologiques associés, on a commencé à parler du travail des parents (voire des grands-parents). Et bien sûr, est venue la question: “Et toi, tu fais quoi?”. Je leur ai donc expliqué que je travaillais à la maison pour devenir professeur. “Ah oui, comme une maîtresse?” J’ai adoré leur regard un peu ahuri quand je leur ai dit que j’étais en train de créer une formation pour les parents, pour les aider à être de meilleurs parents, plus gentils avec leurs enfants. Ils se sont alors exclamés en chœur: “ah ben alors il faut que tu viennes donner des cours à ma mère!”.

J’ai ri et ajouté que ce que je voulais, c’était expliquer aux parents qu’on pouvait élever les enfants sans les punir. Ils m’ont regardée comme une extra-terrestre et tous ont répliqué que ce n’était pas possible, que c’était la punition qui leur apprenait. Et chacun m’a raconté un épisode récent de punition, gronderie ou mise au coin, pour eux ou l’un des frères et sœurs: “mon petit frère, il va au coin tout seul”.

Désolée de voir qu’à 8 ans, la punition était déjà intégrée dans leur modèle d’éducation, je les ai interrogés sur ce qu’ils avaient ressenti la dernière fois qu’ils avaient été punis. “Pas bien”, “J’avais juste envie d’aller m’enfermer toute seule dans ma chambre”. C’est que la punition n’engendre finalement que des sentiments négatifs (sentiment d’injustice, colère, ressentiment, envie de vengeance…). L’enfant ne refera plus la bêtise, pour ne plus ressentir ces sensations. Ou bien il la refera, mais en cachette, pour ne plus être puni. Ou encore il la refera, ouvertement, par défi, si c’est un esprit rebelle. Mais dans les 3 cas, l’enfant n’aura pas appris grand-chose.

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Photo waldryano/Pixabay

Alors que si on lui permet de mesurer les conséquences de son comportement, et qu’on lui donne les moyens de réparer (quand c’est possible), alors la leçon sera retenue pour de bon.

 

1. Les sentiments

Grâce aux ponts du mois de mai, j’ai eu l’occasion de passer un peu plus de temps que d’habitude avec mes enfants, ainsi qu’avec d’autres (mes neveux et nièces, d’autres enfants de la crèche ou de l’école), et je me suis entraînée à exercer diverses habiletés de Faber & Mazlish.

Celles liées à l’accueil des sentiments m’ont été très utiles, et j’ai pu noter avec quelle malheureuse constance nous accueillons généralement les pleurs d’un enfant avec des “c’est pas grave” ou “ne pleure pas”.

Ce matin, une petite pleurait à chaudes larmes. Elle tenait en main des lunettes et semblait désespérée à l’idée de les porter. Sa maman, agacée, insistait, puis a fini par la laisser dans la salle d’accueil des maternelles. Une grande fille était à ses côtés, et d’autres enfants assistaient à la scène. Tout le monde s’évertuait à lui dire que ses lunettes étaient super, et qu’il fallait qu’elle les mette. Je me suis assise à ses côtés et j’ai dit: “Je vois une petite fille qui a des grosses larmes sur les joues.”

Tous les enfants se sont tus.

“Je peux les sècher?” Elle a opiné de la tête, presque imperceptiblement, et tout doucement j’ai essuyé ses joues. Puis j’ai dit: “Oh, quelles belles lunettes, tu me les prêtes?” Le regard incertain, elle me les a tendues. Je me suis alors extasiée sur le petit logo “Reine des Neiges” et je lui ai demandé si je pouvais les essayer. Bien sûr, impossible, elles étaient trop petites! Alors j’ai pris l’air vraiment déçu, avant de sourire de nouveau, de plier l’une des deux branches et de la mettre tant bien que mal devant mes yeux. Elle riait… Puis la maîtresse est arrivée, lui a mis les lunettes sur les yeux en déclarant qu’elle était très belle avec ses lunettes et elle l’a emmenée en classe.

 

Nous sommes toujours pressés par le temps, alors nous oublions que nos enfants, eux, vivent dans l’instant présent. Accepter un objet aussi désagréable que des lunettes n’est pas évident. Il y a d’abord l’injustice: “pourquoi moi je devrais porter des lunettes alors que les autres enfants n’en ont pas?”, mais aussi la coquetterie, surtout pour une petite fille (non, on n’est pas plus jolie avec les lunettes, même à 3 ou 4 ans on est capable de s’en rendre compte). En plus, des lunettes, c’est lourd sur le nez et sur les oreilles, ça modifie la vue et ça peut même faire mal lorsqu’elles sont mal réglées! Sans compter que c’est fragile, et qu’il faut y faire attention (“tu as ENCORE cassé tes lunettes!”).

Alors je pense que ça mérite un peu mieux que des “il faut que tu les mettes” ou des “mais si, tu es jolie avec”.

 

2. Susciter la coopération

Donner le choix fait aussi partie des habiletés que je pratique régulièrement. Chaque fois que je le peux, je fais une demande sous forme de choix.

Par exemple, pour commencer la douche (aucun de mes 3 enfants ne veut se doucher quand ils peuvent faire autre chose): “Dans quel ordre fait-on les douches aujourd’hui? Je décide ou vous décidez?”. Pour éteindre la douche (une fois qu’ils y sont, aucun des 3 ne veut en sortir!): “c’est toi ou c’est moi qui éteint?”. “Je te sèche et je t’aide à te mettre en pyjama tout de suite ou alors tu restes encore 2 minutes et ensuite tu te débrouilles tout seul?”

Quand j’ai le temps, je les laisse également régulièrement choisir entre 2 ou 3 menus (qui tous contiennent des légumes) avant de préparer le repas, et les incite à trouver un accord entre eux lorsqu’ils veulent tous un menu différent.

J’utilise beaucoup aussi les consignes en un mot. “Mains – bouche – dents” est la consigne du soir après le dîner. Ils savent ce qu’ils doivent faire, et parfois je n’ai besoin que de commencer: “Mains…” pour qu’ils filent à la salle de bain en terminant: “bouche – dents!”.

“Chaussures, blouson”, est également dans mon leitmotiv du matin. Beaucoup plus efficace que “Rappelez-vous, les garçons, le matin on enfile ses chaussures, puis ensuite on met son blouson, et on le ferme avant de partir de la maison.”!

J’écoutais l’autre jour une conférencière sur la notion du temps. Jusqu’à 5 – 6 ans, les mots “on est en retard!” n’ont aucune signification pour l’enfant.

AUCUNE.

On pourrait dire “tralala prout” que cela aurait le même effet sur eux (non, en fait, essayez un jour “tralala prout” au lieu de “on est en retard”, il y a de grandes chances que vous obteniez leur attention beaucoup plus efficacement!).

Il vaut mieux évoquer les conséquences du retard, car cela a du sens pour eux: “nous devons courir car sinon la porte de l’école va être fermée”.

 

3. La punition

Comme les amis de classe de mon fils, j’ai longtemps cru qu’il n’y avait pas d’alternative à la punition. Heureusement, j’ai lu “Parler pour que les enfants écoutent, Ecouter pour que les enfants parlent” il y a quelques années, ainsi que d’autres ouvrages prônant l’absence de punition. Et j’ai mis en œuvre leurs conseils. Bien entendu, il m’arrive de gronder, chaque fois que mon cerveau est en surcharge cognitive (trop de bruits, trop de sollicitations, trop de fatigue…). Dans ces moments-là, j’essaie de rester centrée sur mes sensations, pour exprimer ma colère en message-je. Pas facile, mais ô combien efficace!

L’autre jour, un mercredi, après une nuit entrecoupée et un réveil très matinal (merci mon benjamin), je peinais à me réveiller. Il fallait que je me douche, que je range la table du petit-déjeuner, que j’emmène le petit à la crèche, ensuite j’avais des courses à faire avec mes aînés, les devoirs du grand, le judo du cadet… Une longue journée pas reposante m’attendait. Comme ils étaient plutôt tranquilles dans leur chambre, je leur ai donné leurs vêtements et je leur ai demandé de s’habiller pendant que j’allais prendre ma douche.

La douche, c’est un moment sacré pour moi. C’est en général “LE” moment de la journée qui n’appartient qu’à moi. Enfermée dans une bulle chaude, je savoure l’eau qui glisse sur mon corps tandis que mon cerveau tourbillonne, comme à son habitude. Mais ce matin-là, à peine étais-je entrée dans la douche que j’ai commencé à entendre mes 3 petits gars rigoler comme lorsqu’ils préparent une bêtise. Et puis mon benjamin a couru, en tapant bien des pieds (désolée mes chers voisins du dessous!). Arrivé dans la salle de bains, il m’a regardée, l’air très fier de lui.

Il était tout nu et tenait 3 slips dans sa bouche.

Excédée, j’ai commencé à hurler son prénom, et il a éclaté de rire (autant qu’il le pouvait avec 3 slips dans la bouche), a tourné les talons et couru de nouveau dans la chambre, où ses grands frères riaient de plus belle.

J’ai pris une grande inspiration et ai décidé de profiter de ma douche. Il a fait plusieurs allers-retours (chaque fois avec des slips différents dans la bouche, mais toujours tout nu!), mais je suis restée muette et j’ai pris le temps de me sécher et de m’habiller. Puis j’ai marché jusque dans leur chambre, qui était encore plus en bazar que d’habitude, j’ai inspiré et j’ai crié: “Je suis FURIEUSE! Je suis FURIEUSE! Je vois des garçons qui sont tous nus alors que j’ai demandé de s’habiller, et un petit garçon qui court avec des slips dans la bouche! Je ne suis pas d’accord! En plus les couettes sont au milieu de la chambre, et il y a des jouets partout! Je suis furieuse!”

Avant la fin de ma première phrase, mes aînés avaient tous les deux attrapé un caleçon et commencé à l’enfiler. Quant au 3ème, il avait cessé de rigoler et de sauter sur son lit, et m’observait d’un œil sérieux. J’ai pu l’aider à s’habiller tandis que ses 2 frères enfilaient le reste de leurs vêtements, et en prime, lorsque je leur ai demandé de m’aider à ranger leur chambre, tous les 3 ont participé de bonne grâce. Le reste de la journée s’est fort bien passé!

 

Pour éviter la punition, je fais également en sorte d’agir AVANT, de prévenir, et notamment en permettant à l’enfant de se rendre utile. Parce que lorsque mes garçons s’ennuient, ils font des bêtises! Alors je les occupe.

Mon benjamin adore m’aider à faire la vaisselle ou mettre le linge dans la machine à laver ou dans le sèche-linge, et appuyer sur les boutons.

vaisselle

Photo laterjay/Pixabay

Mon grand est toujours partant pour repasser ses vêtements ou m’aider à la cuisine; je lui ai même confié une fois la supervision de la douche de son petit frère, mais bon… à 7 et 2 ans ils étaient encore trop petits, ça s’est transformé en jeux d’eau fort amusants pour eux, moins pour moi.

Mon cadet ne rate jamais une occasion de couper les légumes, ou de m’aider à mélanger la pâte à gâteau. Au supermarché, tous les 3 prennent chacun un panier et font les courses en courant dans les rayons puis en revenant vers moi en disant: “Et maintenant, on va chercher quoi?”

Enfin, quand on part en vacances, ils font leur valise (je leur indique quoi chercher et en quelle quantité), et les jours de ménage, ils se battent pour passer l’aspirateur et laver les vitres (mes chères futures belles-filles, je pense à vous!).

 

En ce moment, j’enseigne à mes enfants à résoudre leurs différends entre eux. D’une part parce que je déteste me poser en juge alors que la plupart du temps, je n’ai pas assisté aux faits, d’autre part parce que je pars du principe que pour se faire la guerre, il faut être deux, et donc que probablement chacun est un peu victime et un peu fautif. Enfin, parce que je suis convaincue que savoir gérer des conflits avec ses pairs est une compétence vraiment utile pour leur future vie d’adulte.

Pour cela, l’outil de résolution de problème est très efficace, même dans la version allégée que j’utilise. D’abord je décris le problème, puis je leur demande de trouver des solutions. Je les aide à arbitrer pour choisir la solution qui leur convient à tous les 2, et les voilà repartis. Je n’ai souvent pas besoin d’intervenir beaucoup, et l’on passe vite d’une situation où l’un des enfants a frappé l’autre, lequel jure que “JAMAIS” il ne pardonnera à son frère, à une autre où tout semble oublié et ils jouent à autre chose. Entre temps, un “pardon” a été dit, un dessin a été fait et offert, un bisou a été posé sur une joue… et l’idée venait d’eux plutôt que de moi.

 

4. Encourager l’autonomie

Je me souviens d’une nounou qui m’avait expliqué qu’elle enseignait aux petits qu’elle gardait à jouer en autonomie. Une part de moi avait été choquée car j’avais l’impression qu’elle se débrouillait pour avoir moins de travail, tandis qu’une autre espérait qu’elle enseignerait à mon fils aîné, alors encore fils unique, comment jouer tout seul. Parce qu’à cette époque-là (il avait 15 mois), il ne nous laissait pas respirer une minute. Lorsqu’il était réveillé, il nous sollicitait en permanence. Et comme je ne voulais pas faire usage de la télé comme d’une babysitter, je me retrouvais à même le sol, à empiler des cubes qu’il envoyait voler violemment avec un plaisir évident, et à me faire arracher des mains tous les jouets que je manipulais, tout en me demandant ce que j’avais bien pu rater pour qu’il soit aussi violent.

Et puis j’ai eu 2 autres garçons, j’ai parlé du sujet avec d’autres mamans… Et j’ai réalisé que tout cela était normal. Jusqu’à 3 ou 4 ans, les parents sont le meilleur jouet de leur enfant. Tout simplement parce que c’est le parent, en manipulant les objets, qui montre à son enfant comment faire et combien cela peut être amusant! De plus, ces moments permettent à l’enfant de construire un élément essentiel de son développement: la relation à l’autre. J’adore exploser la tour de cube, mais maman n’aime pas trop que je tape dedans si fort. Je veux très fort le jouet que tient maman, elle m’apprend qu’on demande au lieu d’arracher.

Heureusement, si l’on joue régulièrement avec son enfant, et qu’il a un petit frère ou une petite sœur, arrive le moment magique où ils jouent ensemble! Bien sûr, au début, les séances de jeu seront courtes car l’aîné ne trouve plus drôle du tout que son cadet renverse sa tour de cubes qu’il a mis plusieurs minutes à construire. Et le cadet a toujours une furieuse envie du jouet que vient de prendre l’aîné, et vice-versa (et non, on n’a pas tout en double).

Mais l’autonomie, ce n’est pas seulement la joie pour le parent de pouvoir souffler un peu tandis que ses enfants jouent tous seuls.

C’est aussi la capacité pour l’enfant de s’habiller et se déshabiller, de participer aux tâches ménagères, d’aller chercher le pain, de penser aux consignes de la maîtresse, de faire ses devoirs seul, ou tout simplement de pouvoir marcher en ville en restant sur le trottoir sans traverser inconsidérément…

Parmi les habiletés proposées par Faber et Mazlish, celles que j’aime le mieux pour encourager l’autonomie sont de montrer qu’on respecte ses efforts, de ne pas supprimer l’espoir, et de chercher de l’aide ailleurs (merci internet, mais aussi le dictionnaire!).  De plus, je reste à l’écoute de leurs demandes, pour éviter de faire à leur place lorsqu’ils pourraient faire seuls.

Ainsi, mon petit de 2 ans et demi sait mettre tout seul l’ensemble de ses vêtements (chaussettes comprises). Je me souviens de la première fois où il m’avait surprise à s’être habillé tout seul. Tout était à l’envers! Le tee-shirt était même doublement à l’envers, avec l’étiquette dehors qui pendait sous son menton. Je me suis forcée à ne pas rire car il s’était débrouillé pour enfiler son jean à l’envers, ce qui avait dû être compliqué, et je l’ai félicité pour son initiative.

 

 

Enfin, j’essaie d’utiliser le mot “non”, qui ferme la communication, le moins possible. Je le remplace par des “Oui, tout à l’heure”, “Dès que” (et non pas “si” qui induit une forme de chantage), “Stop!”, ou encore “J’adorerais, mais là, tu vois, il va bientôt faire nuit et ce n’est plus le moment de…”. C’est fou d’observer la différence que cela fait pour eux.

C’est particulièrement visible pour mon cadet, qui est un enfant dont le seuil de tolérance est vraiment faible. Un simple “non”, et le voilà qui se met dans tous ses états, tour à tour violent, chouineur, et usant de chantage: “puisque t’as dit non, ben je vais pas faire ce que tu demandes!”. Mais un “oui”, voilà qui le satisfait, même assorti d’un délai (demain, la semaine prochaine), ou un “je vais y réfléchir”, ou encore une explication: “zut, je vois que tu as très envie de manger une pizza, mais là, tu vois, je viens de finir le dîner, il est prêt, et ce n’est pas une pizza. Peut-être demain?”.

 

5. Les compliments

Avant de lire le livre “Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent”, je faisais des compliments “comme tout le monde”.

En contemplant le gribouillage informe de mon petit de 18 mois: “Oh, c’est ma-gni-fiiiique!!!”.

En admirant ses premières tentatives d’écriture de son prénom (de droite à gauche, comme dans un miroir, j’étais horriblement inquiète avant d’apprendre que c’était parfaitement normal): “Waouh! Quel grand garçon!”

En m’extasiant devant une tour de 2 cubes tout en pensant à tout ce que je devais faire qui n’était pas en train de se faire: “comme c’est beau!”

Ou encore en écoutant mon petit me réciter une poésie apprise à l’école: “oh mais comme tu es intelligent!”.

Mais ce livre m’a ouvert les yeux et j’ai cessé de juger pour véritablement complimenter mon enfant.

 

Désormais, je décris ce que je vois, ce que j’entends. Ce n’est pas toujours facile! Pour les dessins, ça va. “Tu as utilisé du rouge”, “Tu as colorié toute la feuille”, “Tu as respecté le contour”…

Mais à ces dernières vacances, mon aîné a fait un stage de théâtre qui s’est achevé par une représentation. A la fin, mon fils a couru vers moi, les yeux brillants: “C’était bien?” Ma première réponse est venue en automatique: “oui! c’était génial!”

J’ai tout de suite vu son regard qui quittait le mien (il s’agissait d’un stage de 4 matinées avec des enfants de 7 à 11 ans qui découvraient le théâtre… “génial” était un peu exagéré), alors j’ai enchaîné sur ce que j’avais aimé, quand il était apparu déguisé en policier, et puis quand il faisait son autre personnage… et il a commencé à me raconter, tout excité, ce qu’il avait vécu. Que ça faisait un peu peur, mais que c’était rigolo de faire du théâtre et de réciter son texte.

 

6. Libérer nos enfants des rôles qui les empêchent de s’épanouir

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Ce qui est difficile avec les étiquettes, c’est que nous n’avons pas toujours conscience que nous les donnons.

C’est avec des amis que j’ai été frappée d’une phrase du papa à sa petite fille: “Sois gentille”. Nous étions au restaurant, 4 adultes, 5 enfants de 2 ans et demi à presque 8 ans, et un bébé. Les enfants (tous des garçons sauf cette petite fille) étaient surexcités, ils passaient d’un côté à l’autre de la table en passant par dessous, ils avaient faim et l’attente des plats duraient une éternité. Nous avons dit plusieurs fois, de manière générale “soyez sages, les enfants” (phrase automatique totalement inutile soit dit en passant), mais nous les avons globalement laissé rire, jouer et parler un peu trop fort. Sauf cette petite fille, à qui son papa a demandé d’être “gentille”.

C’était une phrase automatique pour son papa, mais il est utile d’en prendre conscience, car le problème, c’est que le programme “gentille”, une fois adulte, n’aide pas quand il s’agit de se faire respecter. Ou quand il s’agit de dire non à quelqu’un qui dépasse les bornes des limites.

Mais comme je le disais, il est beaucoup plus facile de repérer chez les autres ce que l’on ne voit pas pour soi-même. Il m’a fallu un bon moment pour identifier quelques-unes des étiquettes que j’ai collé à mes garçons, et je n’ai sûrement pas tout vu. Cela dit, leur délivrer des paroles positives est l’un des outils proposés par Faber et Mazlish, et c’est facile pour moi (mon langage de l’amour est lié aux paroles valorisantes, voir cet article pour en savoir plus sur les langages de l’amour). Ainsi, cette semaine, j’ai eu l’occasion de leur rapporter les compliments qui m’avaient été faits par leurs professeurs, en insistant sur les faits plutôt que les jugements de valeur. Leur visage rose de plaisir et leur grand sourire a été le signe que j’avais touché juste.

Je sais cependant que j’ai encore du travail pour me débarrasser de certains de mes filtres lorsque je les observe ou que j’interagis avec eux, pour qu’eux-mêmes puissent se débarrasser de ces étiquettes!

 

Je voulais terminer cet article par un petit mot sur la bienveillance. Comme le dit si bien Joanna, la fille d’Adele Faber, lorsqu’elle est devenue mère elle a réalisé à quel point il était épuisant d’être parent, et combien il était facile de glisser dans la violence verbale voire physique. Même quand on a été éduqué, comme elle, avec bienveillance.

Pour être bienveillant avec les autres il faut être bienveillant avec soi-même:

  • Ne pas chercher à être parfait-e,
  • cesser de culpabiliser lorsqu’on n’a pas agi comme on l’aurait souhaité (mieux vaut demander pardon),
  • et prendre soin de soi:
    • alimentation saine,
    • autant de sommeil que possible,
    • beaucoup de mercis à la vie de nous avoir donné ce ou ces enfant-s qui nous en font parfois baver, mais qui sont là (combien de femmes souffrent de ne pas avoir d’enfant),
    • et des sourires à soi-même dans le miroir (c’est sourire qui rend heureux, pas le contraire!).

 

Merci beaucoup d’avoir lu cet article! Si vous l’avez aimé, partagez-le, il pourra aider quelqu’un qui en a besoin!

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Recherches utilisées pour cet article :dire une seule fois punir bien mal

6 commentaires sur “Faber et Mazlish – mise en pratique

  1. Bonjour, je m’intéresse beaucoup à cette pédagogie, toutefois avec mon enfant de 18 mois qui me tape mais ne parle pas encore, verbaliser son ressenti et lui proposer d autres moyens d’évacuer ne fonctionne pas. Quelles sont les alternatives ?

    1. Bonjour, merci pour votre commentaire, et votre question. A 18 mois, votre enfant est encore tout petit et il a du mal à comprendre que taper fait mal. Il n’est probablement pas en mesure de retenir son geste, dans la mesure où la zone de son cerveau capable d’inhiber son mouvement, qui se trouve dans le cortex préfrontal, est beaucoup moins mature que celle qui l’a initié (le cerveau reptilien). Verbaliser son ressenti l’aide à faire maturer son cerveau supérieur, et il est important de continuer à le faire, de la même manière qu’il est important de continuer de lui proposer d’autres moyens d’évacuer sa colère. Vous pouvez aussi, dans les moments de calme, le faire jouer à des jeux qui l’aident à développer sa coordination motrice, car c’est elle qui va favoriser la croissance de la zone du cerveau capable d’inhiber un mouvement. Supprimez (si vous en utilisiez) tablette, télé et smartphone, et jouez à construire des piles de cubes, des maisons en lego. Dessinez un chemin au sol et demandez-lui de marcher sur le chemin sans dépasser. Jouez à la dînette, laissez-le vous aider à couper des légumes ou des bouts de fromage, à verser de l’eau dans un verre, à nettoyer une table, à passer la balayette pour ramasser les miettes du repas… Ce peut être aussi enfiler de grosses perles sur un lacet, s’entraîner à ouvrir et à fermer une fermeture éclair. L’important est que votre petit puisse s’entraîner à réaliser des mouvements « fins » qui l’obligent à « faire attention », c’est-à-dire à inhiber les mouvements parasites. Peu à peu, il va y arriver, et un beau jour, il sera capable de retenir sa main avant de frapper! Il faut toutefois se souvenir que cela prend du temps: le contrôle inhibiteur est vraiment en place vers l’âge de 4 ou 5 ans seulement!
      Si vous avez besoin qu’on échange plus en détail sur cette situation qui semble vous inquiéter, n’hésitez pas à m’écrire à caroline@moiparentbienveillant.com, en m’indiquant vos coordonnées téléphoniques: nous pourrons prendre un moment pour échanger si vous le souhaitez. En tous les cas, je tiens à vous rassurer: tous les enfants passent par une phase où ils tapent et/ou mordent, surtout leur maman ou d’autres petits à la crèche. Ils ont beaucoup de mal à gérer leur frustration, à définir leurs limites, et ont besoin d’apprendre qu’il est interdit de taper. Et tous les enfants qui sont accompagnés avec bienveillance dans cette phase finissent, avec le temps, par développer des compétences qui leur permettent de DIRE leur colère au lieu de taper. Je suis sûre que vous faites de votre mieux, et je vous souhaite une belle journée!

  2. Je vous remercie beaucoup pour cette réponse aussi constructive que détaillée. Merci d’avoir bien expliqué le lien entre les gestes précis et le contrôle de soi, je vais y être particulièrement vigilante car il est vrai que ce n’est pas le point fort de monsieur! Je vais suivre tous vos conseils et revenir vers vous ensuite. Excellente journée à vous aussi 🙂

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