Nos enfants sont des merveilles – Denis Marquet

C’est tout d’abord le titre du livre qui m’a attirée, puis son sous-titre: “les clés du bonheur d’éduquer”.

En effet, lorsque j’ai eu mon premier garçon, assez vite il est devenu le sujet central de mes conversations à la machine à café, en mode “vous savez pas la dernière de mon monstre?”. Je l’appelais comme ça, avec mon mari: “le monstre”. C’était affectueux, bien sûr. Mais c’était révélateur de mon regard sur lui…

J’ai donc tout de suite aimé le regard, résolument positif, que l’auteur a décidé de poser sur ses enfants, et qu’il nous invite à poser sur les nôtres.

Car, comme il le dit si bien, les paroles sont créatrices, surtout avec nos enfants: que je le qualifie de “merveille”, ou bien de “monstre”, mon enfant, inconsciemment, agira de manière à justifier cette étiquette.

De plus, mon regard sur l’enfant est déterminant. Une expérience a ainsi été menée sur une classe. Des tests de QI ont été réalisés en début d’année, puis les résultats ont été dévoilés au professeur. En fin d’année, de nouveaux tests de QI ont été réalisés. Les élèves dont les résultats avaient été les meilleurs en début d’année, avaient de nouveau excellé en fin d’année. Et les autres, qui n’avaient eu que des résultats moyens, avaient également eu des résultats moyens. Jusque là rien de frappant… sauf que les informations fournies au professeur, à l’issue du premier test, étaient des chiffres tirés au hasard!

Le regard du professeur a donc été déterminant, pour ces élèves, dans leur réussite. Je ne peux donc qu’imaginer la force du regard d’un parent sur son enfant, sans même parler de ses mots…

Nos enfants sont des merveilles

photo extraite du site de la Fnac

Dans son livre, Denis Marquet nous proposer quelques principes à comprendre ou à adopter pour découvrir le bonheur d’éduquer.

Désir et Pulsion

Tout d’abord, il faut comprendre que nous sommes tous, et nos enfants aussi, des êtres qui oscillent entre pulsion et désir. Quand un enfant est dans la pulsion, il est dans le “toujours plus”, il ne souffre aucune limite; alors que quand il est dans le Désir, tout son être est tendu vers un objectif, dans une grande joie, un élan créateur.

Le rôle du parent (qui n’est pas facilité par notre société de consommation actuelle!) est de poser des limites à ses pulsions tout en encourageant son Désir.

bébé gai bain

Désir (photo par pavelkraus – Pixabay)

enfant colère

pulsion (photo par gfergu1 – Pixabay)

Ainsi, l’enfant, qui vient nous porter un livre pour qu’on lui lise une histoire, est dans le Désir. Mais lorsqu’il réclame, en hurlant et se débattant, une énième histoire au moment où on lui a dit qu’il était désormais temps d’éteindre la lumière pour dormir, il est dans la pulsion.

L’auteur nous signale que lorsque le tout-petit pleure, il manifeste une détresse absolue car il n’a pas encore intégré que son manque allait être prochainement comblé. Il est donc crucial de répondre à son besoin et de le rassurer, au plus vite: plus on donne de temps et d’attention à son enfant dans les premiers moments de sa vie, plus vite il sera autonome.

Impermanence et singularité

Tous les parents de plusieurs enfants le savent: chaque enfant est unique. Ce qui fonctionne pour l’un est sans effet sur l’autre, et vice-versa.

De même, il suffit d’observer un enfant pour découvrir qu’il est en évolution constante: ce qui était bon pour lui un jour sera mauvais ou inadapté quelques jours, semaines ou mois plus tard.

Muni de cette information, le parent ne peut donc pas appliquer des “recettes toutes faites” à son enfant qui est unique, et différent de ce qu’il était et de ce qu’il sera.

Le grand challenge du parent est donc de s’adapter à chaque instant à son enfant, pour lui prodiguer, à chaque instant, l’éducation dont l’enfant a besoin.

Le droit à l’erreur

Face à un être unique en évolution constante, il est impossible d’être “juste” à chaque instant. Et heureusement! Un parent parfait serait une catastrophe pour l’enfant, qui n’aurait alors plus aucune raison de le quitter. Or le parent, c’est le passé de l’enfant! Le parent est là pour aimer son enfant, et pour le guider vers une vie autonome, sans lui.

Il est donc normal, et même bon, que le parent commette des erreurs.

Le plus important, c’est de réparer ses erreurs, chaque fois que l’on en prend conscience. Et tant pis si l’enfant a tellement grandi qu’il est désormais adulte, lui-même parent! Oser prendre un instant de qualité avec son enfant, et lui dire: “tu sais, je viens de réaliser que j’avais commis cette erreur avec toi… Je te prie de me pardonner et je m’engage à changer”, voilà un acte très fort de parentalité bienveillante. Demander pardon répare.

A noter d’ailleurs que les comportements désagréables de l’enfant sont comme des messages pointant vers nos erreurs! Car parfois, ce qui peut être parfaitement juste pour un enfant à ce stade de développement, est une erreur pour un autre enfant, ou pour le même enfant à un autre stade de développement… L’enfant, dans toute sa spontanéité, nous le signale alors : à nous d’entendre le sous-titre du comportement inadéquat.

Respect et confiance

Nous, les êtres humains, sommes des êtres de relation. Et pour nouer des relations de qualité, nous avons besoin de respect et de confiance. Les enfants ne font pas exception à cette règle! Et comme ils apprennent par imitation, dès leur plus jeune âge, nous devons les respecter et leur donner notre confiance.

La politesse est une des marques de respect les plus simples à mettre en œuvre avec les touts-petits: “s’il te plaît”, “merci”, sont des mots qui montrent que l’autre a le choix, et que l’on éprouve de la gratitude quand l’autre a répondu favorablement à l’une de nos demandes.

En tant que parent, respecter son enfant c’est lui dire: « qui que tu sois, je t’accueille« .

En ce qui concerne la confiance, elle est basée sur une absolue vérité, laquelle suppose la possibilité d’avoir une intimité: si je te dois la vérité, je dois aussi pouvoir garder pour moi une part intime que je préfère ne pas te dévoiler.

En tant que parent, témoigner notre confiance en lui c’est lui dire: « qui que tu sois, deviens-le, je sais que tu le peux« .

Quand un enfant ment de manière répétée, il est bon de chercher ce qui dysfonctionne dans la relation éducative, car mentir n’est pas naturel pour l’enfant, qui est encore très manichéen et qui bien entendu veut être “bon”.

Il ne faut pas non plus confondre mensonge et imaginaire: vers l’âge de 4 ans les enfants adorent raconter des histoires invraisemblables; ils savent que ce n’est pas la réalité: inutile d’introduire en eux la notion de mensonge…

L’autorité juste

S’émerveiller de son enfant, le guider vers son Désir, l’aider à devenir qui il est, passe par une autorité juste. Le parent a parfois peur qu’en exprimant son autorité, l’enfant va cesser de l’aimer; mais l’enfant, qui n’est pas là pour nous aimer, a besoin de sentir un cadre juste, ferme et doux, car il le protège de ses pulsions qui l’effraient lui-même.

L’autorité juste est la parole à laquelle on obéit librement. C’est donc une parole neutre, dénuée d’affect (toute “règle” énoncée par le parent sous le coup d’une émotion ne sera pas “juste”), qui pose une délimitation claire entre le permis et le prohibé.

C’est une parole qui définit également les conséquences en cas d’infraction, puis qui applique ces conséquences. Conscient d’avoir transgressé l’autorité, la conséquence permet à l’enfant de réparer, ce qui le rétablit dans sa certitude d’être “bon”.

Quand l’enfant sent que l’autorité est basée sur une “loi” qui sert à le protéger, et qu’elle s’applique à tous, y compris au parent, l’enfant peut y adhérer sans contrainte. Son cerveau n’étant pas encore bien câblé pour comprendre la négation, il est important que l’autorité autorise, et qu’elle prescrive ce que l’enfant doit FAIRE, en expliquant pourquoi, et non pas ce qu’il doit ETRE. Ainsi, à la place de: “sois sage chez le médecin”, qui n’est pas une parole d’autorité juste, on pourra dire: “pendant que nous attendons notre tour chez le médecin, je te demande de rester assis et de lire ce livre ou de jouer tranquillement; ainsi les autres personnes qui sont avec nous dans la salle d’attente pourront profiter du calme qui y règne”.

La naissance, cette épreuve pour les parents

La naissance est un “heureux évènement” mais c’est également une épreuve physique et mentale, pour la mère et pour l’enfant. Le bébé fait en effet le deuil du paradis utérin, et découvre le froid, la faim, des sensations douloureuses sur sa peau (tissu qui gratte, appui de son corps sur une surface dure, chaud, froid, manipulations du personnel médical, piqûres…).

Quant aux parents, il faut reconnaître que les 3 premiers mois de l’enfant ressemblent à une épreuve commando, entre nuits hachées, responsabilité nouvelle d’un être totalement dépendant, difficultés à comprendre ses besoins, regard des autres…

C’est la raison pour laquelle Denis Marquet encourage les jeunes parents à tirer de l’énergie de leur enfant en le contemplant, en s’émerveillant de lui, en gardant des temps “gratuits” avec lui, c’est-à-dire des temps où l’enfant n’a besoin de rien mais où le parent est en relation avec lui “pour le plaisir”. L’émerveillement, c’est ça la clé du bonheur d’éduquer.

Mise en action des principes du livre

Ce livre propose de poser un regard différent sur son enfant, de s’en émerveiller sans cesse, et de se laisser guider par son enfant dans ses actes éducatifs.

C’est donc ce que je vais m’attacher à faire d’ici jeudi prochain: regarder mes enfants VRAIMENT, sans les filtres de mes attentes envers eux, sans les comparer, ni entre eux, ni avec ce qu’ils étaient, et m’émerveiller de leur beauté unique, à l’instant où je les observe.

Je vais également les remercier d’être qui ils sont, et les inciter à devenir eux-mêmes…

 

Et vous? Quel regard posez-vous sur votre enfant? Votre enfant est-il une merveille à vos yeux?

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